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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 22:59

 

 

                                    Périple en SM 300

 

 

Janvier 1974.

Cyrrhus s’entendit dire par son père :

Ca te dirait d’aller en hollande avec un chauffeur de Jeannot (Jean Meric) ?

Oh que oui, mais ils vont aussi loin ses bahuts ?

-pardi, il a une équipe d’enfer, aucun pays d’Europe ne lui fait peur.

De ce temps là, les transports à l’étranger relevaient de l’expédition lointaine et les chauffeurs, dans le milieu, étaient auréolés de gloire.

- alors départ lundi matin à 4 heures au garage. Vas le voir demain si tu veux, il sera au parking. Le chauffeur, c’est Jean Claude Caubère, dit Coco.

Samedi 12 janvier 1974.

Prise de contact. Toute l’écurie des grands rouges de Jean Méric est là. L’Henschel F551 cabine basse, le F191 376 CW 09, le Berliet GLR 271 CJ 09 et le fabuleux SM 300. Tous les navires sont flamboyants, propres comme un sou. Les chauffeurs super sympas : Jean, Jeannot Ferrero, Dolon et Coco. Le frère de Coco, Marcel, vient le samedi laver les maxi codes au nettoyeur haute pression à eau chaude, déjà ! C’est que l’image de marque doit être véhiculée loin, haute et forte. Les présentations sont faites. Coco est heureux d’avoir un coéquipier.

Et ce SM 300, de quoi s’agit-il ? Du SAVIEM 300, pardi, le fleuron de la marque quant aux tracteurs au long cours. Dire qu’il était beau ? Eblouissant, oui, qu’il était ce camion. Il est déjà dans sa cinquième année, pour un peu plus de 500000 km. Sous le capot les ingénieurs de la maison ont monté un splendide V8 M.A.N. de 300 chevaux.  (Maschinenfabrik Augsburg Nunrberg). Pour l’époque c’est de la grosse artillerie. Coco en est enchanté. Le moteur est puissant et vaillant. La boîte de vitesse ; une Fuller à étage 2x5, levier au volant, plus une super rampante dite crawler. Pour monter à bord, une belle rampe en acier chromé sur le montant de la cabine donne une allure de locomotive. A voir de la façon dont il en parle, Coco en est ravi et ne l’échangerait certainement pas.

Alors, ça te va ? Départ après demain à 4 heures. Le chargement, c’est du papier cigarette pour la manufacture de tabac à Kortrijk

La semi est une deux essieux Trailor de Lunéville, version Savoyarde, avec porte bâche à l’avant, ridelles alu, porte arrières ouvrantes.

Lundi 14 janvier.

Le lundi matin, à Saint-Girons comme dans beaucoup de villes les équipages s’activent de bonne heure aux alentours des garages. Les fanaux s’allument de ci-de là. Distances et semaines sont longues, la réglementation est encore assez souple. D’immenses cohortes de camion s’élancent vers le Nord, l’Ouest et l’Est.

Le V8 attend sagement. Pilote chevronné et passager s’installent. Coco enclenche le démarreur qui lance le moteur à vive rotation. Cela évite du préchauffage. Ce n’est pas encore la généralisation de l’injection directe. Tout à coup l’énorme moteur rugit. Cyrrhus en est baba. Jamais, oh non jamais, il ne se serait attendu à uns si belle mélodie. C’est un grondement puissant et agréable des 8 cylindres. Très vite, ce bruit il se l’accapare et vogue dans un autre monde.

-tu vois, la boîte, elle est un peu spéciale ; il faut monter les vitesses une à une puis passer en grande gamme. Pour rétrograder c’est un peu plus mariole. Tu as déjà conduit des semi ?

-non, jamais, que des engins militaires. J’ai déjà fait des virées avec Sempé et Raymond mais en passager.

-tu l’essaieras sur l’autoroute du Nord.

La sortie de Saint-Girons est grandiose. En bon professionnel Coco ménage l’attelage à froid. Pas de montée en régime et départ à vitesse lente. Boîte et moteur doivent s’échauffer. Quelques instants après, le feulement du moteur de la MAN monte en puissance. La cabine est bien insonorisée et le bruit du gros Diesel quoiqu’un peu estompé est fort agréable. D’ailleurs pourrait-on s’habituer aux véhicules totalement silencieux ?

Nous allons en Hollande, ce n’est pas le bout du monde, à peu près 1200 km. Nous rechargeons quelques futs de produits chimiques pour Kodak à Rotterdam et le gros du chargement du chanvre à Caffiers pour la Moulasse.

Le splendide vaisseau file à vive allure, 80/90km/h sans souci. Le V8 entraîne tout cet ensemble avec allégresse. C’est vrai que le passage des vitesses est assez inhabituel. Coco n’en loupe pas une. Les pignons, bien huilés, s’échangent dans la plus grande douceur. Les concepteurs de la Saviem ont réussi leur coup. Chemin faisant, une petite halte au relais de Sauveterre de Guyenne s’impose. Ici la route qui supporte les affres d’un trafic intense n’est pas belle.

La mythique nationale 10 est rejointe à Saint-André de Cubzac. Ainsi Bordeaux est évitée. Le roulage est très soutenu. Presque tout est en deux voies. Les sudistes sont nombreux à monter vers Paris.

-alors ce Saviem, c’est un bon outil?

-oui, je l’ai eu neuf, ca me change des Unic. Avant, j’étais chez Lemasson, puis je me suis fâché avec lui et je suis venu chez Jeannot. Là, nous avons un bon tracteur, c’est une bonne bête.

-question consommation ?

-il ne faut pas lui en promettre, pas loin de 50l aux 100 !

Sans péripétie aucune, après un arrêt à Montfort, l’attelage flamboyant atteint le plat pays. Le passage de Paris par le périphérique laisse Cyrrhus pantois. Il n’y était passé qu’une fois alors que passager d’un car Sanssous de Pau, il allait au salon de l’agriculture. Dans ces artères bondées la circulation ralentit, les murs de soutènement renvoient l’écho du V8. Quel gigantisme, comment ne pas se perdre dans toutes ces voies ?

Mardi après midi la livraison à la manufacture n’est qu’une formalité. Mercredi matin, à la découverte des km de quais de l’un des plus grands ports du monde, Cyrrhus n’en croit pas ses yeux. Vous êtes des héros, vous les routiers, pour ne pas vous paumer dans ces immensités, meilleurs que des géographes vous êtes !

Allez hop, embarquement de quelques futs de 200l pour Kodak Perpignan, maintenant direction Caffiers pour le chargement du chanvre. Là, c’est un peu plus mouvementé. Il faut ouvrir les côtés, les allées sont très boueuses, des fibrilles du végétal volètent de partout. Le contremaître, un rouquin solide est d’une énergie farouche.  

-toutes ces fibres, elles ne vont pas nous colmater le filtre à air, au moins ?

-ne t’inquiète pas, les ingénieurs d’Augsburg ne sont pas nés de la dernière pluie.

Au retour, dans la nuit, sur l’autoroute du nord, c’est la grande épreuve.

-maintenant, Cyrrhus, c’est à toi !

Le puissant tracteur obéit au doigt et à l’œil. L’élève qui a tant vu œuvré le maître, passe les vitesses en douceur. Le double pédalage est de rigueur. Pour rétrograder c’est un peu plus subtil. Le moteur est fabuleux, l’embarcation gagne de la vitesse sans peine (quel changement d’avec les GMC, Dodge et U55 !).

-ma parole, on dirait que tu l’as déjà conduit !

-cet outil, c’est comme un Percheron, il s’entend bien avec ceux qui l’aiment !

-bon, fais attention, il y a de la circulation, ne colle pas celui qui est devant toi, prends du temps pour dépasser et ne te rabats pas trop court. Une fois, à vide, en arrivant au péage de l’autoroute du nord, la route était mouillée et en freinant j’ai valdingué contre une auto. Chargé ca va mieux mais grande prudence.

Dire s’il était fier ? Conduire si jeune un si beau clipper équipé d’un tel moteur.

Coco gagne la couchette et tranquillisé, somnole.

La visibilité est bonne et le Saviem dépasse, dépasse. Paris est atteint et derechef, Cyrrhus traverse. Après tout, c’est simple, cap au sud, direction Orléans. Dans la dernière côte le SM donne tout sa puissance. Le moteur fait un bruit formidable. Ceux qui descendent dans l’autre sens regardent se spectacle avec envie.

Vers Blois, Cyrrhus a une envie pressante et gare le paquebot sur le bas côté légèrement incliné. Coco de s’écrier ;

-où sommes nous, nous tombons ?

-non, non je me soulage.

-si tu veux, dans un moment je le reprendrai.

Le retour à Saint-Girons a lieu sans encombre. Jeannot entend rugir l’exceptionnel V8 et accourt aux nouvelles.

-Jeannot, tu peux le laisser aller, le tracteur lui a obéit au doigt et à l’œil !

-ca te dit de repartir la semaine prochaine, ce sera sur Henschel F 191 ?

-ma foi, pas de problème, si fret il y a, transport il faut faire !

Coco finira sa carrière chez Jeannot. Après le SM 300, ce sera le 340 puis le 280 turbo (plus mou), puis le 1932 Mercédès V10 même moteur que l’Henschel F 193) le 1938 et enfin le 380 Premium.

SAVIEM.

En 1954 SOMUA, Latil et la division poids Lourds de Renault fusionnent pour donner la SAVIEM (Société Anonyme de Véhicules Industriels et d’Equipement Mécanique), l’un des fleurons industriels Français.

La série JM, aux cabines arrondies, sera en partie équipée de moteurs Henschel puis avec la SM,  MAN rentre en force sous les cabines des longs courriers. Ce sera un long partenariat avec le géant allemand. Les petits et moyens utilitaires auront des moteurs MAN ou Sofim.

En 1974 la SAVIEM fusionne avec Berliet pour donner RVI (Renault véhicules industriels). C’est l’année où Peugeot achète Citroën propriétaire de Berliet depuis 1967.

L’état demande alors à Peugeot (PSA) de céder Berliet pour faire un “ poids lourd ” du poids lourd français. La transition avec la Saviem durera 5 ans.

 N’oublions pas la création du club des quatre dans les années 75 (RVI, Iveco, DAF, Volvo) pour la création de cabines communes pour les porteurs moyens.

Question subsidiaire ; quels étaient les rapports entre la SNAV, Solecmé, Continental et Saviem ?

Le PDG de Peugeot n'était-il pas à l'époque Jean-Paul Parayre?

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Le tracteur SM 300 et sa semi Trailor.

Le tracteur SM 300 et sa semi Trailor.

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commentaires

D
La domination par telephone se fait petit à petit mais reste du tel sm amateur pour les voitures de luxe...
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