Mardi 9 juin 2009

                                    Nom de code B 450


L’information avait filtrée secrètement. Marcel venait d’annoncer :

-la personne à qui j’ai vendu la Jeep il y a deux ans vient de m’informer qu’elle est décidée à céder son B 450 !

-inouï !! Où est-il ?

- dans l’Aude.

-est ce un Farmall ?

-oui, il n’a pas servi depuis deux ou trois ans et aurait toujours exercé sur la même ferme.Je l’ai même en photo, le voici.

-appelle ce Monsieur dès que possible et prends rendez vous pour ce dimanche s’il peut nous recevoir.

-c’est d’accord.

Le jeudi l’expédition était programmée pour le dimanche 9 mars en début d’après midi.

A 13 heures la Goelette partait donc en mission secrète dans le département voisin avec à son bord André, Damien, Marcel et Marko. Le soleil était radieux, l’optimisme béat. Le pays des Cathares est atteint sans encombres, puis il faut sortir du village à droite, prendre le chemin des Papes, gravir le coteau, emprunter sur 2 Kms une piste gravillonnée et voici le repaire de l’engin prestigieux.


Le voilà, sur de son destin, il savait qu'il n'était pas abandonné.

Arrivé sur le dernier mamelon avant la grande et belle ferme, que voit-on ? Le Farmall posé sur une petite prairie, légèrement de guingois. Les représentants du gang de s’écrier : il nous tend les bras, comme il à l’air de s’ennuyer ! Quel panorama splendide !

Une fois les présentations faites avec le charmant propriétaire des lieux la petite équipe se précipite autour de la fabuleuse créature de Doncaster. Qu’il est beau, le bougre, et dans un état de conservation quasi miraculeux. Certes le minois est un peu défraichi mais rien ne manque. Tous les accessoires y sont, le tableau de bord complet, les phares bien en place,  le pot d’échappement presque comme s’il sortait d’usine, l’état intérieur du réservoir impeccable, le moteur propre comme s’il avait été constamment astiqué. Les pneus, ah, les pneus : Celui de l’arrière gauche n’avait pas supporté les outrages de l’ennui et la pression ayant progressivement fuit, avait été irrémédiablement entaillé par le pincement de la jante du percheron. Il était tout simplement cuit d’où l’allure penchée du bel engin. La direction ? Presque pas de jeu ! A l’arrière le relevage laissait voir que les bras verticaux avaient été remplacés par des fers plats. A changer donc mais rien de grave. Les ailes dans leur partie inférieure étaient légèrement plissées ; léger travail de carrosserie à prévoir. L’embrayage fait preuve d’une excellente élasticité. Le radiateur est rempli d’eau+antigel. Il n’y a trace de fuite nulle part. Le moteur n’est pas bloqué. La poulie n’y est pas, elle n’était proposée qu’en option à l’époque sur ce fabuleux tracteur fabriqué de 1958 à 1969 et assez vendu en France. Les masses de roues n’y sont pas non plus mais déjà dans leur tête les visiteurs devinent bien qu’à 100 contre un le Farmall est pour leur écurie. André et Damien n’en revenaient pas et palpaient avec grande délicatesse leur protégé.

Et pour le prix s’enquiert Marko ?

Combien en donnez-vous ?

Dans les ......    

Pas un petit peu plus ?

Nous aurons les frais de transport plus la carte grise.

Oh bon alors ça va comme ça.

Si vous n’y voyez pas d’inconvénients nous viendrons changer la roue éclatée et le préparer pour le chargement.

Bien sur et vous pourrez même pique niquer ici.

C’est d’accord, nous amènerons le repas et vous mangerez avec nous.

Au revoir, merci beaucoup et nous vous avertirons du jour de notre passage.

Une dernière caresse au grand rouge de la International Harvester et sur le chemin du retour Marko de dire “une chance Marcel que tu nous ai fait connaître ce joyau, ici il n’y a qu’un satellite qui aurait pu le repérer, si les gangs concurrents l’avaient detecté ils nous auraient fauché l’herbe sous les pieds”

André : il me tarde qu’il rentre au sanctuaire pour écouter le bruit de son moteur prestigieux.

 

Retour au pays des Cathares, jeudi 24 avril 2009

 

 

 Avant l'extraction, ces voiles de roues, tout de même quelle beauté!!

Par cette belle journée ensoleillée rendez vous avait été pris pour venir changer la roue  arrière droite du grand Farmall. André, Marcel, Damien avaient été requis. Marcel remorquait la remorque jaune qui portait une roue avec un pneu en bon état prélevée sur le tracteur des Baudis.

Arrivés sur les lieux et après les salutations d’usage les mécaniciens se mirent à l’œuvre. Un important jeu de cales avait été amené car il était fort probable que l’imposant engin assez enfoncé sur son postérieur ne se laisserait pas dégager impunément. En effet, il fallut s’y reprendre à trois fois tellement les cales pourtant fort dimensionnées s’affaissaient. A croire que l’on était sur une poche d’eau ! Enfin la roue était dégagée, l’essieu  bien stabilisé et les boulons dégrippés puis desserrés, sortit facilement. Dommage pour le pneu bon au rebut bien qu’ayant des crampons à peine usés au tiers. La nouvelle roue est remontée, le tout à un peu plus belle allure. Pour aujourd’hui le programme est accompli.

Place maintenant au repas préparé par les bons soins de notre charmant hôte.

-ca vous dirait une soupe d’orties ? Certains font une mine étonnée, voire inquiète et Marko de les rassurer :

-c’est excellent, bien sur, pas de problèmes !

En effet le mets est délicieux : curieuse cette plante, si agressive sur pied ou desséchée, si agréable en potage ! Vint ensuite une grillade succulente. Quel repas dans ce pays magnifique et dans ce si grand et si reposant bâtiment monté par le maître des lieux. Enfin ne début d’après midi ; après avoir jeté un coup d’œil aux différents véhicules présents dans le hangar et dans la cour, l’heure du retour sonnait. Ce n’était qu’un au revoir…

 

Un paysage de rêve

Séquence extraction

Le plus difficile fut de trouver un véhicule capable de porter le gros tracteur donc au moins 3.5t de charge utile au moindre cout. Il n’y avait pas grand monde. Christian était très pris, ainsi qu’Alain dont les jours disponibles ne concordaient pas avec ceux des demandeurs.

Au cours d’un repas à la ferme de Miguet qui réunissait les partenaires de l’association ce fut en discutant avec l’intrépide forestier Mohammed qu’il se proposa d’aller chercher le précieux outil avec son Volvo F 10.

-pas de problème avec mon camion, j’ai les rampes et j’y monte le Timberjack.

-hé bien, c’est d’accord pourquoi pas le samedi 4 juillet ?

-ca marche, départ à 7 heures, c’est  bon ?

Ainsi ce samedi le Volvo et la Goelette s’acheminèrent vers le repaire du Farmall. Les clippers voguaient allègrement. Marcel, André, Damien, Ghislain étaient de la partie. Le trajet est merveilleux.

-bonjour Philippe, comment cela va-t-il ?

-très bien, alors c’est décidé vous embarquez ?

Le Volvo se met en place mais pour être plus à l’aise le tracteur est un peu avancé au moyen du John Deere. Les rampes sont posées, les béquilles hydrauliques descendues et la grue déployée. L’inclinaison des rampes semble bien raide ? Le décor est posé, les intervenants prêts. Mohammed attrape le pare choc du Mac-Cormick avec la pince de la grue et commence à amener. C’est assez spectaculaire ! Mais voilà que l’avant train pas encore engage sur le plateau que le vérin est en fin de course, et le pur-sang de Doncaster de hennir, de se cabrer, de trépigner, de manquer se renverser en arrière ! André est très inquiet, nous n’allons pas y arriver, écartez vous, il va vous tomber dessus !

-reprenons la manœuvre ; la grue ne pouvant tirer davantage, il faut donc pousser par l’arrière le tracteur.

-vous pouvez le faire, Philippe avec le tracto- pelle ? Nous allons mettre une barre de remorquage sur le trois points du B et l’autre extrémité dans le godet, ainsi nous n’abîmerons rien. Ca change du tout au tout. Le fringant Diesel rouge tenu en longe à l’avant et poussé en douceur grâce à la boîte hydraulique du tracto monte doucement les rampes de lancement. Ca y est le train avant est sur le plat, les énormes roues sortent à leur tour de la passe dangereuse. Le mustang est rassuré et amené tout à fait à l’avant. La grue est positionnée juste au dessus, les rampes sont rentrées, les béquilles relevées. Tout rentre dans l’ordre. Bien calé et sanglé aux roues et au pont le précieux fardeau ne devrait plus bouger du plateau.

Cette réaction du pur-sang ne peut-elle se comprendre ? Après avoir séjourné dans son magnifique domaine, qu’allait-il trouver dans sa nouvelle écurie ? Ces quelques soubresauts devaient bien marquer un moment aussi palpitant…

 

Lancez les rotors !

Le baroud d’honneur terminé, il fallait bien songer à reprendre la direction de la base. Les adieux faits au sympathique Philippe le Volvo lourdement chargé, suivi de la goélette, reprit la piste puis l’asphalte, direction La Bastide de Bousignac, Mirepoix, Foix. A la Bastide de Sérou il convenait de calmer la faim insoutenable. Les équipages étaient en pleine forme. Où mettre le paquet, demandaient les intervenants pendant le repas ? A l’usine, comme ca il aura de la compagnie et au moins il sera à l’abri. Il mérite bien ca. Après avoir séjourné plusieurs années dans la steppe ventée un peu de confort ne lui fera pas de mal. Vers 15 heures le hangar de Lorp était en vue. L’imposant convoi franchissait la passe de Panama que jadis les immenses semi-remorques au temps des papiers fins des papeteries ne pouvaient franchir qu’escortés des passeurs chevronnés sous peine d’accrocher murs, poutres et d’arracher mats, bâches…

Le voilà, tant attendu, bien à l'abri dans son nouveau site...

Le Farmall est déchargé dans la cour d’en bas. Cette fois ci tout se passe bien. Le beau Lippizan, fier et heureux de rejoindre une nouvelle écurie recule sans difficultés. Le à terre dans son nouveau décor.

Mohammed repart après avoir mis quelques litres de gazole à la station. L’équipe des chirurgiens se met à l’œuvre. Au préalable le Mac-Cormick est remorqué sous le hangar avec le Fordson. L’abri est sur, les manches sont relevées. André annonce le programme :

-nous allons le vidanger, graisser la pompe d’injection, vérifier les bougies de préchauffage, faire les niveaux et procéder aux essais.

Marko donne quelques consignes :

-toi Damien resserre les boulons qui tiennent les ailes à l’essieu.

Marcel, veux tu bien brosser les boulons du tableau de bord, dégripper et huiler la commande d’accélérateur.

-Ghislain mets du dégrippant sur tous les boulons qui te tombent sous la main.

-passez un chiffon huileux sur tout le corps de l’animal.

Marcel tu pourras vérifier aussi le niveau d’huile du pont.

Quant à la vidange, ah un premier symptôme : très liquide le lubrifiant ! n’y aurait-il pas quelque trace de gas-oil ? Bon, continuons, refaisons le niveau et voyons la pompe à injection. Les pistons ne sont pas grippés, la pompe d’alimentation fonctionne bien. Le circuit amont est très propre, le comburant est impeccable. Les parois intérieures du réservoir sont étonnamment nickel. Comme quoi le fuel est un bon conservateur. Vers 18 heures la mise à feu s’annonce très proche. La batterie est positionnée, pas de court circuit ni de crépitements suspects, le contact est mis, la tirette d’injection tirée (à contre sens de beaucoup de moteurs), le pré chauffage engagé et André de s’écrier « lancez les rotors ! » Le suspens est terriblement palpitant. Enfin le contacteur est tourné, le puissant démarreur lance le gros  BD 264 à bonne vitesse et le beau moteur s’ébroue, cafouille, tremble et démarre ! Enfin le fabuleux bruit du B 450 s’entend ! Le moteur fume, énormément, le cycle n’est pas régulier, l’accélération se fait bien mais n’en demandons pas trop. Au deuxième essai ce fantastique moteur démarre remarquablement bien avec très peu de préchauffage mais quelle fumée !  Le hangar est envahi d’un nuage bleuté ! Pourtant de l’inquiétude les visages passent à l’extase. Encore deux essais puis il faut passer à une autre phase. Il est donc décidé de démonter les injecteurs et de les vérifier. Ils manquent à coup sur de tarage d’où cette mauvaise combustion et cette huile de vidange trop liquide. La segmentation ne devrait pas trop avoir souffert car à voir la qualité du démarrage, le bruit et la pression de combustion tous les espoirs sont permis.

Quoiqu’il en soit  les commandos sont rudement contents d’avoir ramené à bon port le nouvel arrivant et de lui avoir fait donné de la voix. Après tout ce ne sera jamais qu’un deuxième B 450 dans le parc et temps pis s’il ne pourrait pas défiler le 2 août à Saint-Girons. Etape par étape.

Viendra peut-être le jour d’un rallye de Farmall dans le Couserans ?

 

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Par William Deering
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