Mercredi 6 mai 2009

L’épopée du 7012

 

Le Renault 3042 fut un excellent tracteur équipé du célèbre moteur 85 à soupapes latérales. Il fut vendu à un peu plus de 19000 exemplaires à partir de 1951 et hissa très vite le constructeur National au 1er rang. Cependant en travaux lourds il se montrait très gourmand. Il était aussi parfois capricieux à l’allumage. Malgré les bons d’essence détaxée de l’époque c’était un handicap. Aussi la Règie sortit dès 1954 son premier Diesel motorisé par le Perkins Type P4 37 chevaux. La donne changeait considérablement. Plus cher certes, mais très économique, au démarrage sans faille été comme hiver, puissant et d’une endurance exemplaire il fut vendu à 8969 exemplaires.    

Il avait le relevage mais sans le trois points. A Peillou il succède au 3042 en 1954. Marko était très petit mais il se souvient de l’arrivée de ce fabuleux tracteur orange vif qui fut plus tard et à sa plus grande joie son premier volant. Cet engin merveilleux fut entouré de tous les soins qu’il méritait et jamais il ne fut accroché, ni égratigné, ni bousculé. Il était aussi fidèle que les beaux percherons d’antan.

Equipé se sa charrue bi-socs alternative Père labourait des journées entières et souvent la nuit quand le


Le cover crop et la candienne sur la remorque.
temps s’y prêtait.

Doté du fameux crochet universel cher à Renault, il déclenchait souvent dans les terres caillouteuses ou quand le ressort était usé. La charrue, larguée dans le champ n’était pas facile à raccrocher…

Déjà de nombreux voisins qui n’étaient pas équipés de tracteurs l’appelaient à la rescousse pour les labours ou les fauchages.

La faucheuse Khun avait été bien sur vendue par le concessionnaire (Delort) de Saint-Girons. Elle était encore à relevage manuel d’où un exercice un peu sportif dans les manœuvres et les ruptures de bielle étaient fréquentes (prés envahis de taupinières par exemple). C’était son point faible. Il  y avait toujours une bielle de rechange dans le hangar. Mac-Cormick venait de sortir le conditionneur à rouleaux caoutchoutés. Cette petite machine passée en même temps que la faucheuse après le détourage du pré, faisait gagner un jour de séchage. Mac-Cormick derrière Renault, ça ne manquait pas de piment.

Et la poulie ? Certainement une des plus belles des tracteurs de ce temps là comme sur le Minneapolis Molines ou le WD 9. Les frères Gaston, propriétaires d’une grande scierie à Saint-Lizier et amis de Père, lui demandaient de temps en temps de l’entraide. Spécialistes du débardage en forêt ils avaient monté d’immenses câbles de convoyage de fardeaux de bois dans les montagnes. Un treuil était nécessaire pour l’entraînement de cette mécanique. Le Renault et sa poulie convenaient parfaitement pour cette tâche.

L’été 1964 ils avaient demandé : pouvez vous venir faire le foin à notre propriété de Bonac sur Lez lorsque vous aurez fini chez vous ? Alors il fallut monter l’impressionnant convoi là bas, à une trentaine de kms : le majestueux Renault attelé à l’énorme botteleuse Claas, suivie de la grande remorque rouge. L’ensemble était magnifique, il fallait souvent prendre la 3ème entre Castillon et Bordes.  Les plus fiers étaient les trois jeunes frères adolescents, assis sur la remorque et protégeant de l’orage qui déversait ses flots depuis Engomer la toile du pick-up de la Claas. Qu’importe, ils se savaient observés et très heureux de participer à une telle épopée. Pour le retour Théophile Gaston dit à un de ses chauffeurs : ”tiens ramène les donc avec la 2chevaux“

Quelle extase ! Il s’agissait de la fameuse2ch Saharienne, fabriquée par Citroên, un moteur à l’avant, un moteur à l’arrière et 4 roues motrices. Les bambins exultaient.

Le foin, c’était un gros chantier ! Il en fallait pour nourrir durant les longs hivers le grand troupeau de Gasconnes et de Charolaises. Le Perkins était mis à rude contribution sans jamais fléchir. Le fauchage ne demandait pas beaucoup de puissance. L’andainage avec l’extraordinaire Remy traîné 3 roues était vraiment beau. Ces soleils jaunes équipées de dents flexibles tournaient à une vitesse proportionnelle à l’avancement avec une grâce exquise. Elles semblaient caresser le foin. Le bottelage était un chantier spectaculaire. La grande botteleuse de la firme de Harsewinkel ne dut pas être vendue en beaucoup d’exemplaires dans le Sud Ouest ni même en France. Assez lourde et encombrante elle n’était pas d’un maniement facile. Achetée en copropriété avec Robert Claustres de la ferme d’Antichan, elle était entraînée au début par le 3042 puis ensuite par le 7012. La remorque, issue d’un gros châssis de camion Berliet modifié, était attelée à l’arrière. L’ensemble devait bien dépasser les 15 mètres. Arrivé au pré il fallait mettre la machine en position champ en déportant le timon, brancher le cardan, baisser le convoyeur au moyen du petit treuil à chaîne, régler le monte bottes, vérifier ficelle et noueurs.

Deux bonhommes étaient impérativement nécessaires pour la confection du chargement. Lorsque tout se passait bien la cadence était très soutenue d’autant que même en première la vitesse était relativement élevée (pas encore de vitesse extra lente à ce moment là), si de surcroît les andains étaient un peu gros l’équipage avait fort à faire. De plus si le terrain était un peu bosselé il fallait faire preuve d’un sens de l’équilibre hors du commun. Le travail était celui d’un véritable commando.

La difficulté de conduite était accrue du fait que l’embrayage n’était pas à double effet : démarrer machine et convoi simultanément relevait du pilotage de haut rang, et s’il y avait un bourrage ? Alors c’était un numéro de cirque ou de magie…décrocher la vitesse, relancer la prise de force, descendre du poste de conduite avec moult précautions (pas encore de protection de cardan), avec la fourche toujours à disposition faire passer le bouchon récalcitrant, reprendre le volant, repasser la vitesse et repartir. Pendant ces quelques instants ceux du chargement soufflaient un peu. Le beau Renault, imperturbable, semblait dire, vous pouvez compter sur moi. Les nœuds manqués étaient aussi chose courante. Malgré l’ingéniosité des frères Claas et de leurs noueurs Appleby il arrivait que des nœuds soient” loupés“.Les chargeurs devaient alors crier au pilote, en surmontant le vacarme assourdissant, de stopper. C’étaient encore quelques précieuses minutes écoulées et le foin en vrac du monte bottes à repasser dans le circuit.

Le travail fini, après avoir garée la botteleuse sous un arbre, la toile du convoyeur était toujours détendue voire démontée car elle ne supportait pas l’eau cette diablesse. Si elle prenait d’aventure une averse elle se tendait à craquer et gare à la rupture.

Le Renault Perkins, outil de travail irremplaçable, était aussi objet de convoitise.Il fut le premier volant des trois frères de la ferme, qui comme tous les garçons des exploitations de France et de Navarre devaient mettre très tôt la main à la pâte. Point besoin de leçon de conduite, arrivait un jour où un magistral monte là dessus était énoncé : les vitesses sont dans la boîte, 1ère en haut à gauche, embrayage à gauche, freins à droite, embrayer avec douceur, interdiction de laisser le pied sur l’embrayage et en route !

Les premières manœuvres consistaient à conduire tracteur et remorque au chargement des balles. La Claas vieillissante avait été remisée en 1966 et le chargement des balles de moyenne densité confectionnées par la presse Bamford du voisin se faisait à la main. Il faut dire qu’à l’observation de la dextérité de Père tout semblait facile. Pas tout à fait cependant car un jour en descendant la grande allée très en pente, le jeune frère manqua la 4ème et le tracteur en roue libre prit une vitesse presque vertigineuse. Père qui labourait un peu plus loin avec le D 439 flambant neuf s’aperçut de la chose et le soir au repas dit : tu as manqué la vitesse, tu aurais pu te renverser, il fallait t’arrêter tout de suite et passer la vitesse… Un autre jour l’aîné dit à ses frères : venez, on va prendre le tracteur et aller remorquer des fagots depuis le pré du Merdançon. Comme c’était amusant ces branchages, qui tirés par une chaîne, faisaient un beau nuage de poussière ! Là encore le forfait ne passa pas inaperçu et le soir la sentence tomba : alors comme ça vous volez des tracteurs maintenant !!

-c’était juste pour amener des rames pour les petits pois.

-vous n’aviez pas l’autorisation, vous êtes privés de dessert !

Cependant cette conduite était extrêmement formatrice et très vite le Perkins n’eut plus de secrets. Son odeur de Diesel, si caractéristique, était irrésistible. Une fois au volant, à peine le contacteur en caoutchouc noir du démarreur chatouillé, le moteur de Peterborough démarrait.

L’embrayage était un peu dur et nécessitait une forte tension musculaire pour ne pas embrayer trop sec. Le passage de la 4ème fut vite appris, un double pédalage, moteur au ralenti, et le tour était joué. Très vite, remorquages, chargement des sacs de maïs à l’automne ou distribution du foin au pré avec la remorque du GMC à l’été 66 très sec en avaient fait un compagnon incontournable. Son moteur, lors des reprises dues au régulateur avait un refrain à jamais gravé dans la mémoire des passionnés. Et, comme tout bon vieux Diesel qui avait tant soit peu bourlingué, il lui arrivait souvent de cracher des étincelles lorsqu’il était en température. C’est bon signe, disaient les Dieselistes.

Et le plus fort de l’histoire, c’est que ce tracteur existe toujours ! Oui sa trace à été retrouvée depuis longtemps. Garé bien à l’abri sous un hangar dans un village des environs il entraîne de temps en temps une scie. Bien sur le propriétaire à été contacté et il n’est pas encore prêt pour la cession….

Ô tracteurs de notre temps, quelle aventure !

                  

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 Le 7012 au foin,vue sur l'attelage et l'énorme piston                                          L'Allis-Chalmers Row-Crop

        
      
        C'est le 3042 essence, comment l'avez vous reconnu?











La vaillante Claas à l'oeuvre.

         
  Le 7012 au levage des sacs                                    Qu'il est beau!


Par William Deering
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