Samedi 4 avril 2009
                   

                                                                                                                              Cervoline Fleurine  2 avril 2009



Neuss, l’usine Mack-Cormick berceau de la gamme D

 

 

Fin de la gamme F fabriquée à Saint-Dizier, c’est maintenant au tour de la gamme D-pour Deutsch land- de sortir de l’usine sur le bord du Rhin à Neuss. La série débute en     . La lettre sera suivie de trois chiffres. Ainsi seront fabriqués les D 217, 219, 326, 432, 439. Le premier chiffre désigne le nombre de cylindres, le 2 ème et le 3 ème la puissance. Pour le 439 il s’agit d’un quatre cylindres équipé d’un 39 chevaux. Ce modèle existe en deux versions : standard livré en pneumatiques 11x28 et grand dégagement que l’on appellera encore longtemps Farmall en monte 11x36. Cependant l’essieu arrière n’est plus coulissant mais en jantes classiques, réglable en largeur selon le montage du voile.

Un des tous premiers à faire son apparition en Couserans sera celui de Firmin à La Basterne en  1965. Avec sa presse Bamford, il fera grande impression. Aura –t il nourri une prémonition ?

La encore Mac-Cormick vient d’innover avec la nouvelle boîte agrio-matic montée sur les 326 et 439. Il s’agit d’une commande manuelle d’un embrayage multi disques à bain d’huile qui n’agit que sur l’avancement. De fait la prise de force est rendue autonome et ce levier permet des démarrages très progressifs même à régime élevé, fort appréciables avec une machine entraînée à la prise de force. De même ce levier commande en partie basse la gamme route. Pour passer cette gamme, il fallait l’arrêt absolu du tracteur, faute de quoi les pignons craquaient désespérément. Beaucoup de conducteurs, lors de cette manœuvre ne faisaient pas preuve de la patience requise. Les boîtes en souffraient. Le temps n’était pas encore celui des pignons synchronisés.

A Peillou, Patrac et au Bout de la Serre, les trois magnifiques haciendas de la commune de Saint-Lizier l’heure du changement avait sonné ; chez Pierrot il était temps de changer le très valeureux Vendeuvre, André à Patrac n’avait pas de tracteur, c’était le moment d’en acquérir un et à Peillou le 7012 bien qu’en parfaite santé était à changer. Les trois concessionnaires locaux des grandes marques nationales furent bien entendu consultés. Les discussions allaient bon train. Le choix n’était pas facile tellement les matériels étaient d’excellents qualités et les relations avec les concessionnaires compétents fort bonnes.

Après d’âpres marchandages ce fut finalement l’International Harvester représentée par Louis Dijeaux qui remporta le marché : trois D 439, 2 presses B 47, 2 faucheuses ventrales, une charrue réversible bisocs, une charrue à disques, une fourche Agram. Cela fit du bruit dans la contrée ! Ce matériel flambant neuf avait de quoi émerveiller. Pour le tracteur de Peillou Père avait demandé un échappement vers le haut, ce qui le rendait un peu plus silencieux, un jeu de masses à l’avant et un siège Fritzmeier d’un très grand confort. De plus la chape d’attelage un tant soit peu rustique avait été changée contre un crochet beaucoup plus harmonieux et à base tournante. Les trois joyaux étaient en version Farmall bien entendu. Pour la conduite il fallait découvrir un nouvel univers.

Le préchauffage si cher aux ingénieurs de la Mac-Cormick était encore de rigueur. Un peu plus tard avec la gamme européenne cet aspect là serait gommé. Le tableau de bord était curieusement assez rudimentaire : seules 3 diodes étaient censées indiquer en cas d’allumage une anomalie dans la température de l’eau, la pression d’huile, la charge de la dynamo. Une quatrième était le voyant de phare. Le compte tours et le compteur horaire étaient présents. La manette du régime était particulière : en position basse elle coupait l’alimentation, en position horizontale c’était le ralenti et au-delà c’était la plage d’accélération. L’accélérateur à pied était livré en série. Quant au maniement de la boîte c’était au début toute une énigme : un embrayage à pied, un manuel et un levier de vitesses sur la boule duquel une gamme de vitesses-les lentes-était marquée en blanc et la deuxième gamme- les rapides-en rouge. Les nouveaux conducteurs écarquillaient les yeux et avaient du mal à maîtriser ce tricotage de vitesses. Dans la gamme rapide c’était presque de l’acrobatie pour les monter ou les descendre. Les pauvres pignons se sont plaints souvent. Toutefois à force d’observer la maestria de père la bonne méthode fut vite apprise : double pédalage et double débrayage selon la technique de la conduite des poids lourds. A partir de là, la conquête fut totale. Le D 439 était domestiqué et était un vrai régal à conduire. Et l’agrio-matic, quelle sensation agréable de démarrage en douceur même à régime accéléré. Son mécanisme tolérait même un léger patinage. Mais attention, lorsque le levier était tiré pour débrayer, il était comprimé par un ressort si puissant qu’il s’échappait souvent de la main du jeune conducteur inattentif et venait lui pincer violemment l’intérieur de la cuisse. Les ingénieurs de l’usine de Neuss s’étaient-ils doutés que là bas dans les Pyrénées de jeunes intrépides conduisaient leurs chars à moitié nus en été ?

Démonstration avec le Rémy

 Il était beau l’andaineur Remy à 5 soleils, trainé à 3 roues. Cet outil était très à la mode à l’époque, très robuste et il permettait de travailler à vitesse élevée. Il y avait  les modèles traînés, portés à l’avant ou à l’arrière. De temps en temps une dent cassait de ci de la et pour la conduite, il avait une particularité, c’était que vu son déport sur la droite il fallait tourner à gauche. C’est ce qu’avait expliqué ce jour là Père à son jeune apprenti et qu’il fallait grouper trois andains de coupe pour la vorace B47.

-tu as bien compris?

-oui s’entendit-il répondre. En fait il n’avait pas compris tellement la démonstration avait été rapide et il n’osait point le dire. Pourtant avec le docile 439 et après quelques balbutiements la manœuvre fut vite acquise. La luzernière en bordure de la 117 avait assez belle allure. Ce Rémy allait devenir un grand ami.

 

Un porte lame en berne…

Ce jour là c’était avec le 439 de Patrac prêté pour les foins. Le spectacle se passait au pont du Baup dans la petite propriété de Mme Ferré. Le foin était très épais et l’andainage s’apparentait plutôt à un gymkhana entre les pommiers. Un  de ces rosacées plus base que de coutume eut la malencontreuse idée de venir à la rencontre du porte lame relevé alors que l’inexpérimenté pilote frôlait de trop prés le tronc. Sur l’instant il ne comprit pas pourquoi le tracteur était freiné tout d’un coup dans son élan et déporté sur la droite. Trop tard le grand mat venait de heurter l’obstacle et il avait pris un sacré coup sur le citron puisque plié à angle aigu !!! Misère se dit le faneur, quel métal bien mou, mon compte est  bon , je vais me retrouver aux galères !! Hé bien non, pas de colère mais le plus embêtant était qu’il s’agissait du tracteur d’André.

-démontons le porte lame et redressons le à la presse à l’usine.

Ce fut un jeu d’enfant, ni vu ni connu. André ne fut même pas mis au courant, qu’importait puisque la lame zigzaguait mieux que jamais entre les doigts.

Marko s’était dit, dorénavant sachons garder la cap ! 

Enlevez-moi ces ronces !

La grande Bernère, grande lande de 4 hectares venait d’être défrichée. Terrain en légère pente mais très humide, c’était la terre de prédilection des ronces, des joncs, des châtaigniers et des bouleaux3. La charrue à disques avait été l’outil idéal pour préparer la terre et en faire une belle prairie artificielle qui ne craindrait pas la sècheresse l’été. Mais voilà il fallait venir à bout de ces immenses épineux. Le 439 avait été équipé d’un magnifique protège calandre et protège phares jaune qui lui donnait un air de Caterpillar. Pierre, le vendeur démonstrateur de la concession était aux commandes mais devant le taillis haut de 3 mètres il n’osait avancer.

-fonce là dedans s’entendit-il rugir !

-pa…pas possible en bégayait-il !

-que risque tu, fonce là dedans et tu verras bien.

Mortifié il engagea la manœuvre. Le 439 en riait. La charrue s’en donnait à cœur joie et en deux temps trois mouvements les adventices honnies étaient pliées, couchées, arrachées, lacérées, dépecées et enfouies. Jamais on ne les revit, car transformées à tout jamais en humus. Pierre sorti de sa stupeur, était transfiguré, les spectateurs en redemandaient et le Mac-Cormick en était tout fier sans une seule égratignure.

Plus tard les belles graminées, houlque laineuse, brome mou, vulpin, dactyle, agrostis, paturin avaient conquis l’adversité et semblaient dire : l’herbe, ca se cultive !

 

Une méthode de fauchage inédite.

A Peillou, la culture de l’herbe, oui et à fond. Semis de prairies, épandage de scories l’hiver, pâturage, fauchage des foins et des refus c'est-à-dire des touffes d’herbe que ne daignaient pas brouter les bovins n’avaient plus de secrets. Ce jour là Marko avait consigne d’aller faucher les refus du pré de l’allée des peupliers. Dès le premier tour il était désorienté : les refus étant très faibles et disséminés il ne s’aperçut pas qu’il repassait deux fois au même endroit, pire qu’il roulait sur ce qui était à faucher. Il était à contre sens mais finit bien par se rendre compte de sa bévue dont il ne se vanta pas mais il se promit bien qu’il ne s’y laisserait plus reprendre. Pourvu que personne ne m’ait vu, se disait-il. C’était ensuite au Remy de ramasser cette petite récolte qui servirait à faire de la litière. Pour cette besogne légère une grande vitesse était autorisée. Les magnifiques soleils ondulaient au gré de la houle du terrain.

 

Litière a la sciure.

Les hommes du cirque utilisent bien la sciure sur l’aire du spectacle. Pourquoi ne l’aurait-on pas utilisée comme litière en élevage ? A Saint-Lizier, deux scieries Gaston et Azalini ne savaient qu’en faire. Alors la combine avait été trouvée : la remorque était laissée à poste fixe sous le tuyau des rejets à la scierie et se chargeait toute seule. Rehaussée de ridelles pleines elle amenait un volume suffisant pour plusieurs jours. Le 439 convoyait cet énorme contenant et la belle sciure de chêne, de sapin, de peuplier était déchargée à la main sous le hangar et dans l’écurie n° 3.

 

Epandage du tchernoziom au Couchou

Il restait dans cette propriété louée à Taurignan-Castet un gros et vieux tas de fumier. Plutôt que de le laisser perdre, même s’il n’est pas d’une grande valeur agronomique pour les prairies, pourquoi ne pas l’épandre sur les prés ? Les deux 439 avaient été requis. L’un avec la fourche Agram pour charger, l’autre avec l’épandeur IH. Marko était chargé de l’épandage. La manœuvre n’était pas bien compliquée mais nécessitait une grande attention car la pente était assez forte. Souvent dans les montées à pleine charge le patinage était au rendez-vous.Le blocage de différentiel aidait à sortir de ce pas difficile. Le Farmall tractait sa charge allègrement, l’utilisation de l’agriomatic s’apparentait à un jeu. Les voyages se succédaient sans incidents. Pendant le vidage Père sortait subrepticement l’hebdomadaire de Mickey de sous le siège et lisait…


                                            

Les aiguilles indisciplinées de la B 47

Que leur était-il arrivé a ces folles aiguilles pour rencontrer inopinément le piston par cette chaude journée de juin 1968 ?

Pierrot était de faction d’après-midi et le foin ne pouvait attendre, toute l’équipe était prête. Les andains étaient gros, secs, réguliers, un jeu d’enfant pour la belle b 47. Pourtant dès le premier tour, en bordure de la route d’Antichan, c’est la tuile. Un bruit métallique sec et fulgurant s’était fait entendre dans le compartiment arrière ! Stupeur, les deux aiguilles sont tombées en trois morceaux chacune à l’arrière de la machine ! Pas de doute quelque chose s’est déréglé dans la synchronisation de la commande des aiguilles. Elles sont donc remontées alors quel le piston lancé à pleine vitesse leur est rentré dedans. Le moral est à zéro et tout ce foin à presser. Vite il faut courir au Pesqué et demander à Rémi de venir presser.

Le soir la nouvelle est annoncée à Pierrot. Les visages sont rembrunis. Il s’avèrera que plusieurs B 47 connaîtront cette avanie, un défaut dans d’usinage dans les pignons coniques qui entraînent le mouvement cyclique des aiguilles.

Avaient-elles voulu passer dans le chas ?

 

Tenue de sortie

Marko s’était fait un impérieux devoir de rendre le tracteur de Patrac plus propre que sorti d’usine après la corvée de chargement du fumier. A l’œuvre sur l’aire de lavage devant l’écurie n° 4, il n’avait pas lésiné sur le temps, ni sur l’eau, ni sur les coups d’éponge. Les nettoyeurs à haute pression n’existaient pas encore, ceux à l’huile de coude, si. Sa hantise était de ne pas laisser de traces une fois la carrosserie sèche. Les moindres recoins ont été lavés et séchés : dessous des ailes, intérieur des jantes, sous le pont, sous le moteur. La progéniture de Neuss semblait lustrée et vernie. Etait-ce toujours un tracteur ?

Quelques jours après, André n’en revenait pas :

-nom de nom vous l’avez bien nettoyé le tracteur !

Marko, trop fier lui répondit :

-oui, c’est moi qui l’ai fait.

-bravo ! Sur le moment j’ai cru que ce n’était pas mon tracteur et je l’ai trouvé tellement beau que je l’ai mis au garage à la place de la voiture !

 

Décidément cette passion pour les stars de l’International Harvester valait bien un petit coup de peau de chamois.

Qui ménage sa monture va loin !                                  

 

                               

 

 

                                                                                                                                   
Par William Deering
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