Appareillage en vue,
Bonjour la compagnie !!!
Par ce bel après midi du 22 septembre voici deux membres du gang qui débarquent dans la cour de
ma demeure au volant de la petite Goelette blanche. A l’évidence il y a du changement dans l’air. Comme par hasard Gérard vient d’arriver et après une poignée de main chaleureuse et quelques
plaisanteries d’usage (le contraire vous eut-il étonné ?) William et Jean-Charles se mettent à l’œuvre. En un tour de main me voilà chaussé de neuf avec des chaussures Michelin s’il vous
plaît, boulons bien dégrippés et resserrés à souhait. Notons au passage que quelques uns d’entre eux ressemblaient plutôt à des boulons de charrettes quant au filetage et à la tête hexagonale qui
à l’évidence n’étaient pas d’origine. Dans le fond qu’importe l’acier pourvu qu’il y ait le serrage. La Deering savait se contenter de peu si nécessaire…
Puis William se mit à me tripoter de partout. Quasi chaque boulon qui montait le bout du nez se
voyait asperger d’un petit jet de dégrippant, le petit robinet en laiton de la vidange de l’eau du bloc moteur n’offrait aucune résistance, un coup d’œil approfondi était jeté dans mon réservoir
de kérosène jugé en assez bon état. Mes pédales (que j’avais bien failli perdre) ont été palpées, les commandes du tableau de bord réactivées, les
bras de relevage soupesées, le radiateur inspecté (la partie supérieure au dessus du bouchon a pris un petit coup lorsque le chêne séculaire avait osé me tomber dessus). Restait à voir
l’essentiel c'est-à-dire l’état de mon moulin. Ma grosse cylindrée ne permettant pas de bouger la poulie d’entraînement du ventilateur il fallait essayer de faire tourner mon appendice frontal
qui paraissait grippé. Eh bien figurez vous que trois coups de maillet adroitement envoyés eurent raison de la réticence de mon organe. S’ensuivit un arrosage bien dosé de wd 40 et voilà mon axe
extérieur parfaitement libre et le ressort de rappel au mieux de sa forme. Mais hélas sans manivelle comment tenter une manœuvre sans risquer de tordre les deux petits ergots ? Aussi
comme ce n’était pas encore le grand jour du départ, rien n’urgeait pour le moment.
Restera un point délicat à traiter : mon pneu arrière gauche fortement avachi et montrant
des signes de grande usure supportera-t-il le gonflage et le trajet jusque à Lorp ? De toute façon dès le départ la stratégie suivante à été choisie ; tentative de gonflage, puis s’il
réussit je me fais remorquer. Après nous verrons bien. Si mon ballon claque en cours de route il n’y aura d’autre solution que de démonter mon énorme roue et de l’emmener chez le réparateur.
Remarquez qu’a entendre les intervenants du Gang ils se font presque une joie d’ajouter une dose de folklore à mon extraction. Vous imaginez les réactions de l’opinion en me voyant garé au bord
du chemin vicinal et sur cales d’un côté en plus ? Certains n’auraient pas fini de ricaner : ils ne sont pas allés bien loin les collectionneurs…. Et alors, ce serait bien mal les
connaître, si vous croyez qu’ils vont se laisser dégommer au premier virage !!! Eux au moins ont su me tirer d’un mauvais pas et savent que les forces de l’espoir sont plus puissantes que
celles de l’abandon !
Paré
au gonflage !!!!
Dimanche 25 rebelote, deux véhicules appliquent : la jeep de Rémi chargée du compresseur et
la Goelette de Marko. Un petit orage est au rendez vous. Qu’importe, la manœuvre n’est point annulée. Le tuyau de gonflage mis en place, l’air est envoyé. Rien ne bouge. Comme qui dirait je fais
de la résistance. Il faut donc tirer la rallonge depuis la pièce à côté de l’écurie, brancher et remplir le compresseur. Peine perdue, le moteur marche par alternance. Aussi pour ne pas risquer
de porter préjudice au circuit électrique de Gérard le gonflage ou du moins sa tentative ne peut être poursuivi. Un coup d’œil est tout de même donné à le belle presse B47 en parfait état et bien
à l’abri. Une affaire à revoir de plus près ultérieurement.
Vous n’imaginez pas qu’ils allaient en rester là ? Avant de partir voilà qu’ils décident de
me sortir de l’ornière…. Hé bien vous le croirez si vous voulez, je ne me suis pas laissé faire, ayant décidé de faire le beau encore quelque temps.
Vous auriez ri en voyant le 4x4 agité de soubresauts alors que j’ai fait à peine deux ou trois petites mouvements de va et vient. C’est qu’on ne déplace pas ma noble carcasse de 2.8t sans bien me
préparer. Alors un peu contrite l’équipe est repartie non sans avoir prévu de revenir avec le camion atelier de Saint- Girons pneu pour me gorger d’un air plus fortement pressuré. Je mérite mon
extraction !
Jeudi Rémi est venu annoncer à Marko que l’opération a réussi. Quelle joie ! Bravo
Rémi !! Du coup André qui travaillait chez André (Anel) à aperçu la manœuvre et à appelé Rémi sur son portable pour lui annoncer qu’il pourrait lui donner un coup de main ou un coup de
volant si vous préférez pour participer au convoi exceptionnel. Maintenant aux Baudis l’effervescence commence à poindre. Je n’en dors plus tellement je sens la fierté grandir en moi. Je crains
d’être enlevé maintenant que tout est préparé après tout le mal que se sont donnés mes futurs nouveaux maîtres en qui j’ai vraiment une grande confiance, et puis je les sens tellement heureux à
l’idée de me faire rentrer dans leur patrimoine et de faire tourner mon remarquable Diesel au son inégalable.
PREMIER
ESSAI
Ce dimanche là, deux octobre, n’allait pas être comme les autres. Déjà vers 10h30 la petite
Goelette se pointe, son conducteur vient juste s’assurer que mon boudin gauche est bien gonflé depuis l’intervention du début de la semaine, puis rassuré, repart. En début d’après midi c’est au
tour du joli Renault 551 S de débarquer avec les deux acolytes du gang. Cette fois ci, me dis-je, cela pourrait être le grand départ, mes membres risquent d’être engourdis depuis une si longue
immobilisation. Mon remorqueur se met donc en place et d’abord avec la chaîne commence à me tirer et là grande surprise, mon patin gauche est bloqué !!!! Du coup mon immense carcasse se met
en travers et il apparaît très vite que je ne pourrai passer l’angle de la remise sans de multiples manœuvres. C’est alors que le Renault devant ma résistance effrénée patine un peu dans son
effort de traction, vient presque à se bloquer contre le mur da la grange mitoyenne, puis de manœuvre en manœuvre tantôt avec la barre de remorquage, tantôt avec la chaîne passée sous mon pont je
finis par me mettre dans l’axe du passage tout en ayant ma patte toujours bloquée. Bien sûr pendant toutes ces opérations Marko avait déjà pris le volant et vous imaginez sa joie enfin sur
cet immense Farmall. Rémi n’arrêtait pas de clamer : pas d’inquiétude, nous sommes des professionnels ! Sur ces entre faits Gérard arrive, faut dire que le tohu bohu avait envahi la cour. Mais hélas l’après midi tirait à sa fin et un peu dépité je dus me résigner à rester quelque temps encore en bordure de rue en attendant
la prochaine intervention du commando de la tracpaco.
COUP DE MAITRE.
Ce lundi 3 octobre Remi avait demandé à André d’aller ausculter mes entrailles du côté gauche. En
fait ce n’était rien de grave. Le repos forcé que j’avais subi depuis plusieurs années avait occasionné un grippage de mes freins à disque (pour l’époque ce système n’était pas mal et plus tard
la technique évolua dans le bain d’huile). André eut tôt fait de nettoyer et de dégripper tout ça, de vérifier que la roue tournait sans encombre, puis après le remontage de rendre compte à Rémi.
Ainsi la situation avait évolué dans le bon sens et maintenant tel le voyageur impatient au bord du quai à l’attente du train, c’était moi qui attendais mon tour...J’aurais porté mes nouveaux
maîtres aux cieux !!!Remarquez qu’il y avait longtemps que je n’avais pas couché dehors, ce qui n’était pas pour me déplaire d’autant plus que je me savais observé. Il faut dire qu’un
Farmall de ma taille ne sort pas tous les jours de l’écurie. Peut-être Gérard serait -il un peu inquiet de me voir au bord de la voie mais il fallait bien qu’il se prépare à me voir
émigrer.
PLAINE EN VUE !!!!!!!!
Mardi 11 octobre. C’est le jour J tant attendu. Le temps est beau, la vue sur la plaine
(pacifique, pas celle des joncs) on ne peut plus belle. Après avoir attendu depuis le 03 octobre en bordure de l’église, à peine à deux encablures de mon ancien domicile (j’étais tout de même un
peu inquiet que quelque malfrat attente à ma personne) le Renault revient enfin. Deux opérateurs sont désignés ce mardi pour mon convoyage : André et Rémi. On se serait cru au temps glorieux
des convois exceptionnels de Gary de Faviès (l’époque des fabuleux Berliet, Diamont…) mais aujourd’hui il est encore plus exceptionnel car il est plutôt rare de voir Renault devant
Mac-Cormick !!!! Une fois n’est pas coutume, le spectacle en vaut la peine, et telle la manœuvre délicate de l’accrochage de la motrice au train (spectaculaire aussi), la barre de remorquage
est placée à la poupe du 551 et à ma proue. Les pilotes sont à bord et le départ est donné par Rémi. Quelle fierté, quelle élégance !!!! Tout le hameau des Baudis est au balcon. Gérard en a
presque la larme à l’œil. Pourtant il faut bien comprendre que pour moi c’est une seconde existence qui commence. Notre trajet se fait sans encombre et les jours suivants montrèrent qu’il ne fut
point sans gloire. Dans la descente de Chaumarty j’ai tendance à pousser, André s’en inquiète un peu et joue du frein car il lui semble que le MWM prend des tours et préfère assurer la prudence
plutôt que risquer de me verser. Bien sur nous avons étés repérés. D’ailleurs nous le souhaitions ardemment. Notre voyage se devait d’être populaire, remarqué et célèbre. La réputation du
gang des collectionneurs doit bien se justifier après tout. Ainsi Joël, lui aussi du gang de Sentaraille et Armand de Lorp (propriétaire d’un joli B2B) avaient indiqué à William avoir vu un
étrange convoi descendre du haut plateau vers la plaine. De même Mr Lacaze depuis sa propriété de Barjac nous avait vu et l’avait raconté à William en lui indiquant qu’il savait même mon
prix !
Bien sur il savait d’où je venais. Une fois de plus Marko lui demandait quand il pouvait aller
chercher le Bautz pour s’entendre dire qu’il risquait de partir chez un collectionneur du plat pays !!!! Son sang faillit en tourner !
Affaire à suivre. Puis ce fut au tour de Serge Malterre, le fabricant d’aluminium, d’annoncer qu’il avait croisé le convoi exceptionnel sur le pont de Saint-Lizier. Ainsi, ca y était, le pays
était au courant, j’étais rentré dans le club des grands. Marko en jubilait.
Notre arrivée est triomphale et le clou du spectacle, vous ne le croiriez pas, c’est lorsque nous
sommes arrivés au camp de base de la division de la plaine !!! Devinez un peu ce qui m’est présenté à mes yeux, Une collection de matériel. Ils auraient voulu me faire un plus beau cadeu
qu’ils n’y serainet pas arrivés. Me voici parmi les miens. Un joli super FC-C vigneron, un splendide Farmall super FC-C, une lieuse complète New Idea Deering (mon arrière Grand-mère en quelque
sorte), une belle botteleuse Garnier licence Guillotin, une faneuse restaurée Mac-Cormick, une motofaucheuse Kiva à moteur Bernard construite par les établissements Dalloz (rien à voir avec le
code Dalloz) à Lons le Saunier m’attendaient à bras ouverts…Merci mille fois à mes sauveurs. Je ferai de mon mieux pour bien fonctionner dès que vous m’aurez pris la tension. Depuis que j’avais
été visité aux Baudis j’avais retrouvé le sommeil. Maintenant j’avais peur de la surexcitation tellement mon univers basculait de façon inédite.
Déjà le soir Marko venait s’assurer que j’avais bien intégré le troupeau et revenait le lendemain
me voir au jour et prendre mon n° de série pour fabriquer une carte grise puisque Gérard l’avait stratifiée dans quelque recoin introuvable. Qui de nous deux est le plus fou ? Peu importe,
dans tous les cas je me suis rudement plu d’entrée dans cette ambiance.
PREMIER EXAMEN
Le mardi d’après le professeur ne put résister à l’envie de regarder la partie supérieure de mes
entrailles et en faisant son compte rendu à mon nouveau boss, lui expliquait que cela ne lui semblait pas en trop mauvais état, que la culbuterie lui semblait convenable (en fait j’ai bien failli
faire la culbute dans l’au-delà), heureusement que ceux du gang ont du cœur et de la mémoire.
Mais avant d’essayer de dégommer mon moulin (comme le H et le M doivent être heureux d’avoir des
descendants de mon allure) il conviendrait de regarder la pompe (déjà du Bosch) car ce serait dommage de la casser alors qu’il suffit, en prenant soin de repérer le calage avec précision, de la
démonter et de l’examiner de très près. Puis il faudra voir du côté des injecteurs si la pulvérisation est bonne et régulière pour chacun d’entre eux.
Comme vous voyez, les forces de l’espoir sont plus puissantes que celles de l’abandon. Soyez
aussi rassurés, il ne se passe pas deux fois dans la semaine sans que le boss ne vienne me voir et me parler. Ce Dimanche 30 octobre il est même venu avec ses héritières et à allumé le Farmall
pour les faire conduire !! Quelle joie de voir un tel entrain. Et le mardi 1 er novembre la fête continue : on se serait cru dans une foire de démonstration : le Farmall remorquant
le vigneron avec la barre d’attelage estampillée William Deering. En vain le petit ne voulut pas s’allumer, un problème électrique comme au défilé du 7 aout. Au volant du Farmall c’était Anir,
son neveu, un nouveau passionné. Après, le Farmall est allé emmener la lieuse sous le hangar de l’usine (il pourrait vous en parler pendant des jours de cet endroit) et est revenu faire un
deuxième voyage pour abriter la Garnier Guillautin (MBG moissonneuse batteuse Guillotin dans les années 50). Vous imaginez sans peine mon immense plaisir de voir ce déferlement d’outils en
démonstration, même si j’étais encore immobilisé. Il y a belle lurette que je n’avais vu un tel branle bas de combat. Comme quoi tout vient à point à qui sait attendre…
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