Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 janvier 2022 2 25 /01 /janvier /2022 19:16
Le Salat, notre belle artère nourricière
Le Salat, notre belle artère nourricière
Le Salat, notre belle artère nourricière
Le Salat, notre belle artère nourricière
Le Salat, notre belle artère nourricière
Le Salat, notre belle artère nourricière
Le Salat, notre belle artère nourricière
Le Salat, notre belle artère nourricière
Le Salat, notre belle artère nourricière
Le Salat, notre belle artère nourricière

 

Le Salat, notre belle artère nourricière

 

Depuis le samedi soir 8 janvier à la nuit jusqu'au lundi 10 aux environs de minuit la pluie est tombée sans discontinuer. Qu'on en juge, à Saint-Girons ce ne sont pas moins de 118 mm qui se sont déversés sur notre belle région. Le record selon les informations France Bleue a été à Augirein pour 162mm avant la nuit mais 185mm au pic selon météo Paris.com. Ce sont des valeurs extrêmement élevées pour un laps de temps si court ce qui correspond à un mois de forte pluviométrie. Ainsi en 2021 à Saint-Girons nous avons eu 863mm soit:

en janvier     135mm

février            29mm

mars              41mm

avril               32mm

mai               54mm

juin               42mm

juillet            62mm

août              30mm

septembre    99mm

octobre        42mm

novembre   130mm

décembre    167mm

Cumul 863mm mais moins 214mm par rapport à 2021! Aussi cette pluie diluvienne a considérablement gonflé le débit de notre beau Salat dont le bassin versant est de 1154km2. Autant dire que quand il tombe des masses d'eau pareilles et que la neige fond à haute altitude, vient un moment où malgré l'accélération de la vitesse de l'écoulement de l'eau, c'est le débordement.

Dimanche soir déjà, les flots rugissaient dans un tourbillonnement impressionnant et une cavalcade grandiose. A Saint-Lizier à la centrale de Tondut aval la digue avant le pont était pratiquement recouverte. Le lundi matin, il était net que le niveau continuait de monter. Les digues avaient complètement disparu. Quand à la couleur de l'eau, ah quelle charge en sédiments! Du véritable café au lait plutôt saumâtre. Dans la matinée écoles et lycée sont fermés. A Saint-Girons, place des Capots, Champ de Mars, place Guynemer, stade Buffalan, les villas le long de l'avenue Bernère étaient envahis. C'était la marée haute. Les photos des lieux à la une de l'actualité circulaient sur les portables. Plus bas dans la plaine tout devenait lac notamment à partir de l'île après Pourlande, l'usine de Lorp siège des deux musées et toute la bande rive gauche Sentaraille, Caumont, Mercenac, Bonrepaux.  A Gajan le magnifique Fordson Dexta de Christian garé sous un petit cabanon à côté du vannage de la centrale, s'il n'est pas emporté par les flots est entièrement recouvert. Christian le monte chez lui après l'ouragan et dès le jeudi le tracteur commence à reprendre des couleurs après avoir été entièrement vidangé. A Lorp, dans l'ancienne papèterie devenue base d'Autrefois le Couserans, trois fantassins, Philippe, André et Aurélien montent les remorques du parking extérieur sur la butte. Elles seront plus à l'abri. Pour le reste il n'y a rien a à faire. Plus que jamais les bâtiments sont une véritable cité lacustre.

C'est la Garonne qui allait être “contente” avec tout cet afflux de volume dont elle se serait bien passée. D'autant plus que c'est tout son bassin versant qui est victime de cette pluviométrie inédite. Je n'y peux rien se lamentait le Salat, ça pousse derrière! Allait elle devoir se jeter dans les bras de la Loire à Nantes pour résister à une telle submersion après avoir subi l'ire des Bordelais?

Des crues de ce type, il y en a eu, certes. Heureusement qu'elles sont assez espacées mais quelques dates ont marqué le Couserans:

1875 repère au pont neuf de Saint-Girons qui était englouti. Le 23 juin à midi.(construit en 1825 par Jean-Baptiste Pujol)

1937

1977, le jeudi 5 mai

1992.

Ces repères sont également marqués à la centrale de Tondut à Saint-Lizier.

Ce lundi 10 janvier le point culminant du débit fut à 17 heures pour 585 m³/seconde à 19h à la station de relevé qui se trouve rue Léon Jouhaux peu après la jonction avec le Lez. Oh bien sur c'est moins que pour le Mississipi ou la Volga ou le Danube mais pour notre torrent c'est pharamineux. (débit moyen 40m³/seconde).

De ce fait tôt en début d'après midi une déviation a été mise en place par le Pont de Saint-Lizier puisque à l'ancienne station Carrara l'eau avait envahi la chaussée. Ce pont Gallo Romain disaient les observateurs présents, voilà du solide, pas une vibration, pas un tremblement et pourtant le niveau était à moins de 3m du tablier.

Idem à Saint-Girons où le pont neuf était fermé. A Prat la déviation était noyée peu après le rond point en direction de Toulouse et les véhicules passaient par le village. La Gouarège avait démesurément gonflé!

L'étau se resserrait. Alors que la circulation s'éclaircissait la pluie n'avait pas encore cessé. Le Pont du Baup humblement campé sur ses balustres vertes, valeureux petit affluent du Salat n'était pas en reste pour sa contribution au déferlement inouï.

A Taurignan-Vieux, la route était aussi fermée à l'entrée du village côté Taurignan-Castet de même que la départementale 33 au niveau de Palétès ainsi que le pont de Lacourt.

Notre cher Salat essayant de parer au plus pressé ne cessait de charrier des embâcles et des alluvions finement diluées dans ses remous torrentiels. Il se disait à force d'arracher des sédiments à nos belles Pyrénées, je vais les éroder. Peut-être qu'un nouveau plissement hercynien un de ces quatre matins remettra de l'ordre dans ce cataclysme, tentait-on de le rassurer.

Dans la plaine, peu a près Pourlande, elle bien arrimée sur ses solides fortifications cent cinquantenaires, peu inquiète de ce raz de marée, les terres étaient sous les eaux et devenaient un lac jusque tard dans la nuit.

Cet épisode terriblement émouvant n'était pas sans rappeler l'énorme crue du 8 mai 1977 dont beaucoup se souviennent encore. Le point culminant s'était situé aux alentours de 13 heures. Déjà à la moindre montée des eaux, à l'usine des Papèteries Bergès à Lorp la machine était arrêtée et les mécaniciens démontaient les moteurs électriques situés dans des fosses plus basses que le niveau du canal. Ce jeudi fatidique, l'île est submergée, le canal déborde et pénètre dans la salle des machines par la porte d'entrée, déboule dans le tunnel et ressort dans la cour, s'infiltre sous le mur et pénètre dans le magasin du papier fini. Derrière, l'eau rentre par la forge. Les bâtiments sont cernés et immergés. Il y a à peu près 30cm de hauteur. Le lendemain après la décrue, si la machine peut repartir assez vite, une équipe de hallebardiers déplace toutes les piles de bobines. Bien que stockées sur de solides palettes, la noyade était inévitable devant un tel déluge. Toutes les bobines du bas sont inventoriées et envoyées au recyclage! Le sol a été nettoyé et les palettes mises à sécher. Puis la fabrication des marchandises déclassées a été relancée. C'était à l'époque de la fabrication du support du papier carbone écru en 18g au m2 pour les industriels de la transformation comme;

M.A.R.I. (Manufacture Alsacienne du Ruban Industriel) à Gundershoffen, Copigraph à Malesherbes, Delplanque à Apprieu, Molineus à Wulfrath, S.F.P.C.(Société Française des Papiers Carbone) à Sorel- Moussel, Corvus à Worms. Pendant plusieurs semaines l'atmosphère était imprégnée de l'odeur de vase.

Comme avait dit un sage, Chaque désastre leur arrachait des paroles de désespoir puis peu à peu, insensiblement le temps leur redonnait force et courage.

Notre beau Salat, lui, le mardi après son paroxysme de débordement dans la nuit de lundi et sa folle inquiétude, reprenait son lit et sans s'endormir pour autant continuait sa descente cette fois ci apaisée vers son confluent bien aimé la Garonne.

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

 

 

Partager cet article
Repost0

commentaires