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7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 20:39
Le H, allumage dans l'ordre
Le H, allumage dans l'ordre
Le H, allumage dans l'ordre
Le H, allumage dans l'ordre
Le H, allumage dans l'ordre

Le H, allumage dans l'ordre

 

 

Ce beau dimanche très ensoleillé allait-il être décisif pour le démarrage du grand Farmall row crop issu du plan Marshall? Pourquoi pas? La semaine d'avant, pour augmenter les chances de réussite, bobine et condensateur avaient été changés. L'étincelle était très belle. La magnéto avait été soigneusement calée selon les prescriptions de la notice. Le piston n° 1, côté distribution, bougie enlevée, arrivait au point mort haut, le fameux PMH, en parfaite concordance avec le repère sur la poulie du vilebrequin qui tombait juste en face du pointeau fixé sur le carter de distribution. A ce moment là le doigt du distributeur était pile en face de la sortie du fil du cylindre n° 1. Le déclic de la magnéto (H4 International s'il vous plaît) se fait entendre précisément à cet instant. Un petit essai est fait avec la batterie 6V du Super FC-C et miracle quelques combustions se font. Mais il y a une fuite d'essence non négligeable au bocal du décanteur sous le réservoir principal. Ce réservoir, précisons le, a été soigneusement nettoyé sur la roue du géant de Doncaster requis à cet effet. La solidarité des Farmall n'est pas un vain mot. Avec une bonne dose de maillons de chaîne cisaillés au coupe boulon mélangés à de l'alcool à brûler, le résultat n'était pas trop mal. Le plus difficile fut d'enlever les morceaux de métal dont un bon nombre s'était insidieusement glissé derrière la cloison intermédiaire, preuve que le grattage s'était fait partout. Un tige souple aimantée est venue à bout des récalcitrants. Puis un bon rinçage au nettoyeur haute pression à eau chaude et un séchage au décapeur thermique (qui a failli griller suite à un effort intensif dans un espace confiné), la tôle était bien décapée. Le résinage n'a pas posé de problème. Les deux liqueurs épaisses et précieuses de marque Philosec ( un concurrent de Restom rencontré à Tractomania Caussade) bien mélangées au préalable et versées dans l'organe du H, ont mis bien plus de quatre heures pour durcir définitivement. Le réservoir bien entendu a été tourné lentement dans plusieurs positions. La résine est apparue à la sortie du décanteur où un bouchon de papier torsadé a préservé le filetage sinon gare à son durcissement à cet endroit et bonjour les dégâts pour visser le robinet. Ainsi le gros récipient destiné au pétrole pouvait être monté définitivement le dimanche 6 septembre. Le réservoir auxiliaire essence avait été préparé depuis plusieurs mois.

Le jour J.

Sentant venir l'issue des interventions successives, du pétrole avait été amené pour voir si l'engin passerait au second carburant après le démarrage sur le cycle essence. Le professeur, Benjamin et Damien s'affairent autour du grand rouge. La tension est palpable. Un nouveau joint du décanteur est taillé dans un morceau fibreux, une petite fuite est encore perceptible. Deux batteries, une de 6 volts et une de 12 sont en position. Le calage est à nouveau vérifié. Le déclic se fait au bon moment.

Lors de la vérification de la magnéto, André a pris plusieurs fois la haute tension en la tenant sur ses genoux. Il était au courant!

En remettant le doigt du distributeur, bizarre un tout petit bout de bakélite tombe à terre. L'œil exercé des opérateurs ne pouvait pas ne pas le voir. D'où vient cette particule? L'anomalie est vite décelée. Il s'agissait tout simplement de l'ergot du doigt du distributeur qui vient s'encastrer dans une mortaise usinée dans le rotor du distributeur ( DELCO Remy *) qui s'était cassé! Une avanie? Point du tout. Il y a une autre magnéto en réserve sur laquelle a été prélevé le couvercle de la bobine et changé ce jour même. Il suffit d'aller le chercher à Saint-Girons. Quelques instants après le tout est remonté. Attention à l'ordre d'allumage: il est d'ailleurs gravé en toutes lettres sur le bloc; 1, 3, 4, 2. Nous ne sommes pas ici chez David Brown ou Ford ou encore Saurer. Les fils neufs sont placés dans le bon ordre. Peut-être sont-ils désormais rentrés dans les ordres!

Tout est prêt. Le radiateur est rempli. Pour brasser la mécanique quelques coups de manivelle sont envoyés. Les gabiers sont placés à leurs postes. Damien au carburant, le petit réservoir a été rempli à moitié, André au carburateur, Cyrrhus à la batterie. Le volet du radiateur est fermé. Pour les essais le filtre à air est dérivé. L'essence est ouverte, le régime à moitié.

Lancez les rotors!

Le démarreur est alimenté en direct avec la batterie 6 volts. Le moteur démarre! Ô miracle. André bouche quelques instants le côté starter avec la main puis laisse la pleine arrivée d'air. Le bruit si caractéristique du H résonne enfin, celui de la ventilation notamment. Le moment tant attendu est enfin arrivé. Des cris d'allégresse jaillissent dans l'atelier de la succursale. Le ventilateur en léthargie depuis si longtemps aspire fortement l'air à travers le radiateur et vient puissamment irriguer d'un flux bienfaisant le moteur.

Oh il y a bien quelques crépitements de ci de là mais surtout des particules qui voltigent à travers l'espace, venues d'on ne sait où, qui apeurent Benjamin, inquiètent Damien et remplissent de joie le propriétaire de la mécanique. Ce sont des particules saintes, s'écrie-t-il, elles sont bienfaisantes. Il y a même des étincelles qui s'invitent dans ce festival grandiose. Quelques unes s'enfuient par les pipes d'échappement, la plupart par le pot neuf. Tout était corrodé, on s'en souvient, et quoi de plus naturel que les puissantes combustions qui purgent ces surplus planqués dans des recoins obscurs depuis des lustres. Côté pompe à eau, le flux est bon, la turbine envoie. Une petite fuite à signaler au joint du thermostat. Ce précieux organe était fendu par le gel lorsque le héros avait été récupéré. Il faudra revoir le plan de joint peut-être légèrement déformé par la soudure. Une deuxième petite fuite se fait jour au manchon métallique de la durit inférieure. Ce manchon était percé par la corrosion et a été mastiqué à l'époxy. Un serrage un peu plus fort du collier et le tour est joué. C'est que, voyez vous, ce brave H a beaucoup souffert.

Le moteur s'arrête. Par précaution un supplément d'essence est ajouté. Le moteur est redémarré avec la batterie 12 volts (la 6 déjà ancienne est essoufflée) et c'est reparti pour un tour. L'eau monte très vite en température alors que l'aiguille du manomètre pourtant neuf ne décolle pas ou si peu. Il y a quelques retours de flamme au carburateur. Le professeur met un peu d'avance et tout à coup les mécaniciens crient, mais voyons, bougeons le volet du réchauffeur! Que nous n'y avons pas pensé avant! Le moteur est bien chaud. Une fois la petite vis de blocage desserrée, le bruit du moteur change du tout au tout et trouve un nouvel équilibre; il tourne plus rond, il s'est assagi en fait.

Alors passons le au pétrole, s'exclament les intrépides. Damien à la manœuvre; tu ouvre le robinet du pétrole et en même temps tu ferme celui de l'essence. Le mélange qui s'opère se voit bien à travers le bol; le moteur continue puis s'arrête au bout de quelques instants. Le professeur trouve qu'il est bien chaud alors que soumis à une charge nulle. Hé bien ouvrons les volets du radiateur. La commande n'étant pas au point (les lamelles de ce volet bloquées elles aussi à l'époque), un blocage provisoire avec une petite cale convient très bien. Il faut redémarrer mais sur le cycle essence. C'est très commode de purger le carburateur avec la jolie petite vis papillon. Il suffit après un léger écoulement de sentir l'odeur d'essence et c'est reparti. N'est pas tracteur pétrolier qui veut! C'est incroyable ce que le ventilateur envoie, non seulement de l'air pulsé mais aussi des poussières, des atomes divers, des étincelles qui ressortent encore de quelque orifice insoupçonné. Le H respire, s'égosille à pleins poumons, exulte, revit, resplendit, crie sa joie là haut dans le garage de la Coume. Ses cousins le géant de Doncaster et le Farmall de Saint-Dizier sont à la fête et semblent dire, enfin l'oncle Sam est guéri.

Un nouvel essai sur le cycle pétrole est tenté mais ce n'est pas tout fait ça. Le comburant issu des chauffages à pétrole est-il le bon? A vrai dire bien peu de pétroliers tournent avec ce précieux liquide. Le moteur s'arrête à nouveau. Encore un essai fructueux à l'essence et ce sera formidablement bien pour ce jour.

Dans votre excitation, messieurs le baroudeurs, il eut peut-être fallu penser à orienter le volet du réchauffeur en position réchauffement maxi, vers en bas, comme un bas-volet pour retenter un essai. C'eut été une envolée, à la volée, qui n'aurait pas été volée.

Quelle journée, nom de nom! Tout le matériel est soigneusement remisé, le H est calfeutré dans son antre magique. Benjamin aurait bien voulu qu'il sorte mais pas de précipitation, tout vient à point à qui sait attendre.

Finalement le fameux “firing order ” était en ordre, dans le bon ordre!

 

 

DELCO ou Dayton electrical Laboratory and Co est à l'origine un acronyme devenu un nom générique.

 

 

 

Autres articles:

Légendes en marche, le H de Vougy le H, février 2009.

Le débarquement après le débarquement, février 2018.

Le H, boulons et bouts courts, mars 2018.

Retour sur le H, novembre 2018.

 

 

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