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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 19:45
L'énorme cylindre frictionneur en préparation au départ, dans les trente tonnes et son arrivée à la gare de Saint-Girons.
L'énorme cylindre frictionneur en préparation au départ, dans les trente tonnes et son arrivée à la gare de Saint-Girons.
L'énorme cylindre frictionneur en préparation au départ, dans les trente tonnes et son arrivée à la gare de Saint-Girons.
L'énorme cylindre frictionneur en préparation au départ, dans les trente tonnes et son arrivée à la gare de Saint-Girons.

L'énorme cylindre frictionneur en préparation au départ, dans les trente tonnes et son arrivée à la gare de Saint-Girons.

 

 

La rotation pharamineuse du frictionneur,

 

 

En 1966, grand branle bas de combat, la machine III va être modifiée. Berceau de la vénérable fabrique des papiers fins et soyeux, Lorp va connaître une nouvelle épopée.

Qui ne se souvient du grand et intrépide contremaître, Pierre Soum, qui avec un sens aigu de la fabrication avait mené de très longues années la machine qui produisait le papier simili-sulfurisé?

Il en fallait des chiffons, coupés par les femmes à l’étage du dessus, pour ensuite les cuire et les blanchir!

Son successeur, Joseph, allait entamer une longue pérégrination en prise avec les grammages fins et résistants. Désormais il épargnerait encore moins que d’habitude ni son temps, ni sa peine.

Maintenant le papier carbone entrait en lice. Lorp devrait produire le support carbone écru (parfois un peu de pelure blanche) d’abord en 24 grammes au m², puis en 22, puis en 18. Quelques essais timides auront lieu avec le 16 gr.

Les papèteries Bergès n’allaient pas être seules, non, ses concurrents seraient au moins Billerude, Arjomari à Palalda, Bolloré à Thonon les Bains.

Il fallait donc faire un papier frictionné à partir d’une bonne dose de pâte à papier écrue et de vieux papiers. Toujours le rapport qualité prix à rechercher, l’éternelle pierre angulaire. Un cylindre, énorme cylindre de 3.60m de Ø, avait été acheté chez Burhmann aux Pays-Bas . Quel transport en perspective ! Meric, évidemment avait été requis pour l’acheminer à Lorp depuis la gare de Saint-Girons. Le plus dur restait à faire pour le descendre dans la cour pentue et le rentrer dans son logement en tête de la machine III. L’équipe d’enfer et de fer du Pacou, de Guy Rougé, de René Neyron, d’Aristide Dedieu, de Leissig, de Christian Roux, de Claude Soucasse, de Hilaire, de Jean-Marie Larroque  se montrait d’une vaillance extraordinaire et d’une adresse inégalable. Si on lui avait demandé, à coup sur elle aurait été capable de monter le paquebot France sur le“ prat du Ritou”(un terrain de l'usine). 

Néanmoins il a fallu une semaine depuis son transfert de la remorque à wagon, sa descente périlleuse à l'entrée de son nouveau repaire et son placement en tête de machine.

Il en faisait des tours, cet énorme cylindre : 1/3 de tour à la seconde environ (circonférence 3.06mx3.14) à une vitesse machine de 250m/min. Il brillait comme un astre, toujours astiqué comme un sou, sans arrêt raclé par la lame du “docteur” en bronze. Epais de plus de 4 cm, tout en fonte, rempli de vapeur brûlante, il avait pour double fonction de sécher le papier en phase finale et de lui donner une face brillante ou frictionnée d’où le nom de papier frictionné. Il était sur une bonne partie de sa circonférence enveloppé du feutre frictionneur qui prenait en sandwich la feuille de papier. Dès la sortie la noble feuille, sèche à 95% allait s’enrouler sur l’enrouleuse. Ah, la coquine, il lui arrivait souvent de casser en sortie du cylindre. Quel cirque pour la repasser ! Ce n’était pas du tout évident et le sécheur (l'assistant du conducteur de la machine) à certains moments de crise n’était plus sec…

Souvent, en dehors des heures dites normales, la coccinelle 114 CB 09 était garée. Joseph était donc là. Il devait y avoir un problème à la machine. Que de soins requérait-elle, cette brave mécanique ! Tantôt un feutre à changer (leveur ou coucheur ou frictionneur), ou une presse, ou la toile ou encore quelque roulement ou pompe. Quand ce n’étaient pas les problèmes de fabrication: points de colle, casses incessantes, longueur de rupture trop faible, porosité trop forte, grammage irrégulier, points durs, etc.…La conduite de cette remarquable fabrique était un véritable sacerdoce.

Quelques temps plus tard, en 1975, l’increvable coccinelle à été remplacée par la première Golf du Couserans, 795 EW 09, jaune celle-là, plus facile à repérer. La cour de l’usine était son point de stationnement fréquent, dirons-nous.

Ce beau cylindre mythique avait du être rectifié pour lui conserver son aspect glacé. Déjà Burhrmann avait dit qu’il n’était pas loin de la dernière côte de tolérance. L’équipe de la maison Voith débarquait avec force matériel et pendant 5 jours procédait à la délicate et coûteuse rectification. Et c’était reparti pour quelques années. En novembre 1991, alerte ; du côté transmission la feuille est marquée : il y à des traces ternes répétitives. Horreur, le cylindre est abîmé, il faut le rectifier. Les techniciens sertiront même des petites chevilles d’acier dans l’épaisseur de la fonte pour parfaire le travail. Le bureau de vérification de l’APAVE avait dit : dernière rectification, la côte maxi est atteinte.

Les machinistes connaissaient leur maîtresse par cœur :

André, Roland Antras, Claude Degeilh, Louis Jougla, Elie Piquemal, Pierre Sentenac, Gérard Pujol,Christian Descouens, Christian Audoubert,Guy Audoubert.Un peu plus tard Roger Decouens (terriblement happé par la machine le 1er janvier 1982) et Henri Géraud succèderaient à Joseph. Pour eux aussi leur talent exemplaire de domestication des papiers fins pourrait s’exercer à plein….

Les gouverneurs au pulpeur ne chômaient pas : Jean-Marie Cobourg, Maxime Sutra, Roger Piquemal, Louis Crone, Christian Roques.

A la bobineuse, ils ne comptaient plus les Km² : Paul Ajas, Pierre Fort,Patrick Caboss, Marcel Soum.Un mégot était même tombé dans une bobine et avait valu un courrier étonné de Maurice Milloux (le représentant) lorsque Mr Albertini (le client) avait découvert le corps étranger dans une bobine !!! Les caristes virtuoses du Fenwick frétillaient de joie lorsqu’il fallait charger un camion :Jean Sabau, Jean Ajas, Louis Blanc, Claude Morère, les frères Urbain et Gilbert Galy, Claude Rieu. Oh, si, Berga rouspétait bien parfois, pour la forme…

Meric, Limouzy-Mazinter, Blazy, Les grands Bleus (Innocent frères) amenaient les immenses remorques pour les lointaines destinations :

MARI (manufacture Alsacienne des rubans industriels) à Gundershoffen

Perine§Guyot à Blois.

Imprimerie Billon à Saint-Malo.

Delplanque à Bagnolet.

Delplanque à Apprieu.

Copigraph à Malesherbes (siège à Montrouge, Mr Paupardin)

SFPC (société Francaise des papiers carbone, Mr Albertini) à Sorel-Moussel.

STEPA à Louviers.

Représentant pour la France : Mr Maurice Milloux rue du colonel Renard à Paris.

Reuter à Worms.

Molineus à Wulfrath.

Defak à Barmstedt.

Représentant pour la RFA, Mr Alfred Tilk à Saarlouis.

Syriatos à Athènes.

Cotip à Tunis.

Quipac à Arica.

Rafols à Barcelonne.

Cartiere à Milan.

Atimec à Rome.

Les métrages des bobines étaient 18400m ou 20200m pour les plus courants. Mr Rush, le PDG de Mari, n’y allait pas par quatre chemins : il calculait par camion livré, le nombre de bobine x par le métrage x par 18.g/m² x1.02 et tout ce qui dépassait ce tonnage était déduit. Cela pouvait atteindre 300 à 400 kg par camion mais c’était la règle du jeu.

C’étaient presque toujours des camions complets.

Ce n’était pas la route du rhum mais la route du carbone.

De temps en temps, lorsqu’un client se plaignait d’une mauvaise qualité, Joseph ou Philippe partaient en mission diplomatique. Tout rentrait dans l’ordre peu à peu : ajustement des paramètres de qualité et remplacement des marchandises défaillantes étaient les meilleurs arguments.

Dans la petite contrée de Lorp le bruit de la splendide machine résonnait juqu’aux portes du village, à l’entrée de Saint-Lizier même et dans la plaine de Sentaraille.

Savaient-ils, ceux qui parlent tant de carbone aujourd’hui, que là bas à Lorp, en Couserans les maîtres papetiers savaient marier comme nul autre la fibre de cellulose et l’atome graphité ?

 

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