Souchu- Pinet de la Tracpaco ? Souchu- Pinet de la Tracpaco ?
Point de réponse de la firme de Langeais, constructrice de charrues et cover crop (autrefois appelé le pulvériseur à disques) et
autres outils de travail du sol. Il est vrai que les grands constructeurs ne daignent point souvent répondre aux demandes des collectionneurs qui sont de bien petits clients potentiels. Et
pourtant Souchu- Pinet avait été pressenti par Renault à l’époque pour lui construire sa charrue spéciale adaptée au fameux attelage universel des 3042, 7012, 7013. Renault, dans sa publicité,
était très fier de ce système et plus particulièrement de l’une de ses composantes, le crochet dynamométrique. C’était bien conçu mais hélas, comme toute mécanique cela s’usait, notamment le gros
ressort qui, peu à peu, à force d’œuvrer dans les terrains caillouteux ou rocailleux se détarait et déclenchait « à tout bout de champ. » La
manœuvre d’accrochage n’était pas toujours évidente car au choc la charrue se décrochait et le temps que le conducteur attentionné stoppe son tracteur, un petit espace était franchi. Il fallait
reculer et enclencher la mécanique. Plus facile à dire qu’à faire si tout n’était pas parfaitement en ligne. Il fallait donc absolument reconstituer un ensemble historique de ce type. Pour le
tracteur, c’était bon, enfin presque.
La première des choses a consisté à couper les rotules soudées au bout des bras de relevage
et à tomber la grosse plaque sur laquelle avait été soudée un pseudo troisième point (ce n’est qu’à partir du D 22 que le trois points
intégral sera livré chez Renault) souvent bricolé par les utilisateurs d’alors. Puis il a fallu rechercher les différents éléments de l’attelage. Dans une conversation à bâtons rompus voilà qu’un
crochet à l’état neuf a été acquis à Lara puis par annonce la poulie (une des plus belles de l’histoire du machinisme avec celle du WD 9) et les barres d’attelage ont été récupérées à Cellettes,
à côté de Blois.
Après il s’agissait de trouver la charrue. La partie s’annonçait plus rude. Certes il y en avait bien une traînée, dans la région de
Sainte Croix, mais aux socs très abîmés. Alors l’inestimable M. Chouanard d’Auterive fut mis à contribution. Et lors d’un coup de fil la question (sans réponse ?) lui était
posée :
-« Bonjour, M. Chouanard, Ne connaîtriez-vous pas une charrue à attelage universel pour le Renault 7013 ?
- Oh écoutez je crois bien en avoir vu une à Eauze et j’ai bien vu que ce n’était pas une trois points classique. Je vais appeler la
personne chez qui je l’ai vue et je vous tiens au courant. »
Le lendemain coup de téléphone: Chouanard à l’appareil :
- « Bonjour, je crois que j’ai ce qu’il vous faut et elle est à vendre C’est une mono soc réversible avec roues porteuses. C’est
bien une Souchu- Pinet.
- Oh pétard, lui répond son interlocuteur, je viens mardi 12 février en début d’après midi.
- Parfait, ça ira, nous irons voir l’araire. »
Ce mardi après midi la goélette se fit un malin plaisir de manger des kilomètres et Mr Chouanard ne supportant pas
d’attendre était juché sur son magnifique John Deere et passait les disques dans un champ à Lasseube-Propre. Le matériel rangé, voilà les deux acolytes en escapade
à Estang, quelque quinze kilomètres après Eauze. Saint Girons
/ Estang : 197 kilomètres que ne ferait-on pas pour trouver des socs : remuer ciel et terre ?
Et oh surprise
l’accueil fut des plus chaleureux chez cet honorable marchand réparateur de matériel agricole, passionné de Massey Ferguson, dont les cours sont garnies de matériels plus émouvants les uns que les
autres. La Souchu- Pinet est bien là, rouillée certes,
mais en état
très correct : carrelets, socs, age, étançon, coutres, versoirs : rien à dire. Les pneus ? Ah là, c’est un peu plus délicat. A bandage plein bien sûr, l’état du caoutchouc de celui
du côté droit n’est pas très beau. La rechange sera difficile à trouver. La tête : un peu de jeu dans la tringlerie mais rien de méchant. L’attelage, oui, c’est bien ça mais il semblerait
qu’il y ait eu une modification avec l’adjonction d’une fixation d’un troisième point mais la partie du bas semble bonne. Et tout à trac, Marko, qui avait emporté plusieurs schémas du fameux
crochet exhibe un croquis et demande à M. Lafaille:
- « Vous n’auriez pas cette pièce, par hasard, c’est la seule qui manque ?
- Oh si, je crois qu’il me reste un ensemble, allons voir dans le parc derrière. Ce doit être par là. »
Et Marko, sûr de son flair, fouinant près d’une épave de D 22, s’écrie avec fougue :
- « Elle est ici, je l’ai ! »
En effet, relégué, gisait là un crochet, la barre demi ronde et la fameuse chape.
- « Vous me la gardez, je la prendrai le jour du chargement avec la charrue ! »
Après avoir convenu du prix, restait à monter une expédition pour enlever ce précieux
butin.
- « Vous n’êtes pas pressé que nous enlevions la marchandise ?
- Pas du tout, venez quand vous voulez, même un dimanche pourvu que vous me préveniez !
- C’est d’accord, merci beaucoup et nous vous avisons dès que nous avons du nouveau. »
Si l’aller fut des plus agréables, le retour le fut tout autant. Avec Mr.Chouanard, il y
a toujours un pan de l’encyclopédie du tracteur à découvrir. Il serait même sur la piste d’un D 3 … top secret !
La date du départ fut fixée au dimanche 11 mai, mais la veille au soir à 23 heures la chaudière n’était pas encore sous pression, Rémi était introuvable. C’était pourtant lui le capitaine de
frégate pressenti. Enfin peu avant minuit une sonnerie stridulante du téléphone donnait la suite à une retentissante information : « C’est bon pour demain, départ à 6
heures ! » Ouf, quelle bonne nouvelle ! Et André, es-tu des nôtres ? Ma foi oui, avec grand plaisir, à demain matin donc.
Pour être une belle journée, ce fut une belle journée ! Le puissant Diesel à cycle alternatif remorquant sans beaucoup de peine la grande remorque et en 3 heures émaillées de conversations
non stop, le beau clipper atteint le joli petit village d’Estang. Les visiteurs étaient tellement joyeux de voir toutes ces belles machines que la visite faillit durer plus longtemps que prévu.
Marko se disait, d’ici qu’il faille affréter un semi remorque, il n’y a pas loin ! Ici un Zetor 4511, ici un Cub, un peu plus loin un super Dexta, puis un Som 20, deux 835 … Tout à coup
Rémi : « Déjà 10 heures 30, il faut charger, le circuit n’est pas fini ! »Alors d’allumer le John Deere pour lever et charger le
Souchu- Pinet avec la fourche ne fut qu’un jeu d’enfant. Restait à arrimer, sangler, caler et régler.
- « Au revoir, M. Lafaille, merci de votre visite et à la prochaine. Pour aller à Roquefort, près d’Agen ?
- Cazaubon, Barbotan, Nérac et vous tombez sur Roquefort. »
Et le ravitaillement ? Pas en vol tout de même, rien ne presse aujourd’hui, il faut envisager cela à Nérac. Et là, dans cette
très jolie petite bourgade, quel succulent repas ! Roquefort en vue, rue des Prairies, après le premier feu à gauche, ce n’est pas difficile à trouver. Notre hôte attendait le convoi et de
s’écrier en riant aux éclats et en s’adressant à Rémi :
- « Deux ans que je vous attends, je me suis fait deux ennemis !
- Nous sommes quand même arrivés, rétorqua le convoyeur de l’impossible, en s’esclaffant. Tout vient à point à qui sait
attendre !
- Venez, je vais vous montrer les mécaniques. »
Les visiteurs ne furent pas déçus : tracteurs, motos, solex : un musée. André de dire :
- « Je ne regrette pas d’être venu, même si je n’ai pas beaucoup dormi, le spectacle en valait la peine ! »
Derrière une palissade se trouvaient quelques ferrailles stockées en attente d’être fondues. André de demander : « La
caverne d’Ali Baba, vous pouvez me la montrer ? »
L’heure tournait, comme toujours. Le radio navigant lança l’appel : « Il faudrait peut être penser à regagner le
sud ? »
Qu’étaient ils venus chercher ? Une faucheuse à gazon pour Cub construite artisanalement en plusieurs exemplaires. Jean Noulin en
a d’ailleurs fait état dans son excellent livre « le Cub et ses dérivés ». La charger et la ficeler ne fut pas bien compliqué et après une poignée de main chaleureuse le retour fut
entamé. Il fut décidé de prendre la très prestigieuse N 113 puis la N 20 jusqu’à Toulouse. Après tout, c’était jour de loisir, rien ne pressait, il faisait très beau.
Rémi demandait souvent : « La charrue suit toujours ? » Le pilote répondait : « Oui, oui, chargement
stable, aucune velléité de fuite ! » André, à l’entrée des agglomérations : « Ne va pas trop vite, attention aux points ! »
A 19 heures, le vaisseau rejoignait la plaine de Sentaraille, Rémi avait encore quelques animaux à « appailler », point de
jeûne pour ces bons bestiaux. Il convenait tout de même de relever les inscriptions de la plaque signalétique de la charrue avant de clore cette remarquable épopée :
« Souchu- Pinet
H. Monere et Cie Ing. Constr.
Langeais 37130
122 305
Encore des recherches en perspective. Finalement la collection, c’est comme un puzzle, composé de tant de pièces qu’il en manque
toujours une pour le parfaire.
M. R.
Plutôt rare, non? Précisons toutefois qu'une pièce essentielle
est encore à trouver: la gueule de loup qui vient s'engager
dans le crochet universel du tracteur car cette charrue à été modifiée en 3 points!!!!