Mardi 4 novembre 2008

                                                                             Cervoline-Fleurine ce 1er Décembre 2008 

 

                                Le DB de Meltham    

 

 

Etait-ce un véhicule de la 2ème division Blindée, une pièce de musée de la Deuch-Bonnet ou un nouvel arrivant ?

Non, tout simplement un splendide David-Brown dont l’usine de fabrication se situait à Meltham en Angleterre. Firme peu représentée dans certaines régions, fusionnée dès 1983 dans la Case, le Couserans n’en comptait pas beaucoup d’exemplaires. Quatre à vrai dire recensés à ce jour dont un chenillard qui avait brillamment exercé à Audinac dans les années 68 et qui est toujours en collection dans la même commune.

Celui de Bagert était connu depuis longtemps des recenseurs de la Tracpaco. Toujours sagement garé au même endroit, attelé à une fendeuse de bois. Curieusement il avait été fort bien repeint en vert clair, couleur qui lui convenait parfaitement mais qui étonnait compte tenu du rouge puis du blanc et rouge et enfin du blanc et marron que l’on connaissait traditionnellement à la Brown. Qui pourrait résoudre l’énigme ?

Ce vendredi 3 octobre au cours d’un périple incognito dans les vallons secrets voici qu’Angel est croisé au volant de son petit camion et après les salutations d’usage l’affaire est évoquée.

-Alors toujours vendeur ?              

-Oui je le vends, je l’ai allumé il n’y a pas longtemps. Il y a juste un problème dans la manette du relevage. J’en demande …. €.

- !!! Nous pouvons aller le voir ?

-Oui, c’est ouvert, allez y et tenez moi au courant.

Le 1200 est toujours garé au même endroit, capot et calandre sont posés à terre. Tout semble en ordre. Il n’y a pas à hésiter, il faut venir le prendre.

Le samedi soir rendez vous est pris, après une nouvelle visite de l’outil. Ce sera pour le Dimanche en début d’après midi et David rentrera par ses propres moyens.
                                                                                                                          
                                                                                       Quels signes distinctifs pourun DB?

L’équipe est à l’œuvre, la batterie mise en place, le   
plein d’eau effectué, un rajout de 10 l de fuel, la vérification du niveau d’huile, l’attelage des bras de relevage en position haute. Lancez les rotors s’écria le maître d’une voix de stentor. Deux secondes après, le -75 chevaux- démarre quasi sans une once de fumée ! Capot et calandre sont enfournées dans le Berlingo d’André. Pour une fois le tracteur voyagera tête nue et ce sera pour les amateurs spectateurs sur le trajet l’occasion de déterminer la marque grâce aux petits signes caractéristiques.

Le départ est donné, direction le cap Blanc, Gajan d’en haut, les Mounets, Lara, Maubresc, Montjoie, Saint-Lizier et au final l’annexe de Saint-Dizier. Au Cap-Blanc Marcel prend le relais.

Quelle conduite agréable, douceur et élasticité de l’embrayage, puissance des freins, excellence de la direction sans jeu aucun. Les gammes, c’est plus compliqué. A la Brown comme chez Fordson les hiéroglyphes

gravés sur le carter du pont sont plus difficiles à déchiffrer. Qu’importe, il y a tellement de vitesses dans la boîte qu’il suffit d’en choisir une assez rapide et le tour est joué.

Côté tableau de bord, cela ne va pas trop mal. Pas de cadran de pression d’huile, dommage, le compte tour fonctionne, la jauge à carburant semble atone, celle de la température à des hoquets, l’accélérateur manuel, un peu dur, est à gauche ! A noter, à la Brown, l’ordre d’allumage ou firing order (gravé sur le bloc de certains IH)  est  1 2 4 3  comme sur certains véhicules Ford. Que dire du pot d’échappement émaillé en rouge !

Après le Cap-Blanc la photo d’usage est prise et le garage est atteint au bout d’une heure 15 de trajet. Là, à nouveau toute l’équipe se penche sur le nouvel arrivant, le tâte, l’ausculte, le palpe, le trouve fort beau.

André et Marko de dire : on semblerait reconnaître un fond de sonorité de F 265 ou de super FCD, voire de Manitou…

Finalement ce beau David Brown heureux d’avoir atterri dans une telle assemblée semblait dire :

“Ils ont la berlue ces tractoristes, mais ici j’ai l’impression que je ne vais pas m’ennuyer, dear friend”.

 

 

    

 Avec la parure, c'est mieux mais voilà elle est verte, allez savoir pourquoi? L'énigme finira bien par être résolue un jour...

 

Par William Deering
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Samedi 1 novembre 2008

A la rencontre de l’époustouflant WD 9

 

Depuis qu’au début de l’année André avait réactualisé les réglages du Mac-Cormick Deering WD 9 de Détroit, il avait dit à Marko, dès que tu as un moment, tu viendras aux Baudis et nous essaierons le WD 9.

-tu peux y compter lui avait il répondu, nous allons tester ce tracteur de légende. 

Produit à près de 67000 exemplaires à partir de 1940, doté d’une forte cylindrée de 5.481L pour 55 chevaux et importé à 867 exemplaires dans le cadre du plan Marshall, il était équipé d’une extraordinaire particularité : celle d’être poly carburant. C'est-à-dire démarrage à froid sur le cycle essence et au bout de quelques minutes après ouverture de l’injection, fermeture des chambres à explosion et mise à la masse de la magnéto, passage au Diesel. Cette technique fut très rare dans l’histoire du moteur à explosion, trouvée aussi chez Berliet et qui d’autre ?      

Aussi ce vendredi 3 octobre le rendez vous était pris. Oh avouons le , il fallut tout de même aller voir une ramasseuse à maïs New Idea   traînée, un David Brown et un Farmall à quelques kilomètres de là manière de consacrer la journée puis vers 16 heures départ pour l’essai. Un petit peu d’essence, un peu de gas oil, vérification des niveaux, le premier coup de manivelle est donné. Inutile de s’éreinter l’énorme moteur s’allume au bout de 7 à 8 compressions, un peu de fumée noire s’évade à l’échappement et pourtant il est encore sur le cycle essence. Au bout de quelques instants les tours augmentent presque imperceptiblement.                                                        Sympathique le Deering,non? 

Le professeur annonce “c’est pour maintenant”. Situé à l’arrière du IH il relève très rapidement un gros levier qui enclenche l’injection et en même temps ferme les chambres “à essence” et met la magnéto à la masse. Le tour est joué, le moteur s’ébroue, quelques pites s’échappent de la cheminée, le bruit change et est plus Diesel, les hommes en sont baba encore une fois. Quand on songe au taux de compression qui passe en quelques dixièmes de secondes de 6  à 15 on reste rêveur devant un tel prodige ! Il faut dire qu’à l’époque les injections directes étaient encore dans les cartons et que ce système permettait de réussir des démarrages sans difficulté.

C’est Beau de Rochas qui en ferait une tête s’il pouvait voir dans un même bloc la coexistence de l’explosion et de la combustion !

Enfin voilà le Deering dehors. L’embrayage à une longue course mais il est souple, la direction assez démultipliée donne une impression de puissance et de poids. Les freins sont un peu durs mais répondent bien. Le capot vu d’en haut semble immense, les deux cadrans au milieu sont du plus bel effet. Dès la sortie du village la 5ème est engagée, l’animal est rapide, stable, plein de réserve. Il doit pouvoir tirer un train cet outil ! Et à la batteuse bien malin celui qui aurait pu le fatiguer avec un coffre pareil ! Et Marko de se souvenir qu’un jour en rentrant de Roanne il aperçut à la sortie de Regny un attelage splendide : un Wd9 remorquant la batteuse et la presse et de s’arrêter à la vue de ce spectacle…Le machiniste  se doutant qu’il avait à faire à un averti lui fit un signe amical de la main. Quelle fierté !

La poulie lui manque, c’est dommage car très typique comme sur les H et M revêtue de fibres de bois pressées pour donner une meilleure adhérence à la courroie.Quand à sa propre histoire (il y eut aussi les W4 ; 6, 9 et WD4, Wd 6 et les chenillards) ce Wd 9 avait longtemps exercé à Saint-Lizier à la scierie Gaston pour manipuler des grumes.

Ah n’oublions pas la petite photo de circonstance dans un si beau paysage mais que diantre il fait froid. Mais au fait c’est la patrie du B 450 ici, celui des Hauts plateaux, finalement c’est un repaire de IH…

Le garage est à nouveau en vue et le majestueux
                                                                                    cette calandre, si expresssive.....
tracteur regagne ses pénates. Après l’avoir éteint André le rallume à la troisième compression puis le laisse au repos sur le cycle essence. Il est prêt pour la prochaine expédition.

Merci beaucoup André s’exclamait Marko, tu ne peux savoir à quel point j’ai été content de conduire ce merveilleux engin mais une chose m’intrigue, combien sont-ils les survivants de l’après guerre ?

Par William Deering
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Mercredi 22 octobre 2008

                     Cervoline ce mercredi 22 octobre 2008

 

Le remorquage du SAME

 

 

Il ne venait pas de Treviglio, la patrie de Francesco Cassani fondateur de la société Anonyme des Moteur Endothermiques, mais de Rimont vers le col du portel, où Marcel l’avait déniché voilà quelques mois.

Il s’agissait du 360, modèle à capot rond, mais dont l’infortuné propriétaire précédent avait négligé de remplacé les courroies et faute de les avoir sous la main il convenait de prendre l’engin en remorque d’autant plus qu’il avait été sorti de la ferme en contrebas et amené en bordure du chemin communal.

Le pneu droit, orné d’une vilaine balafre tiendrait-il le coup ?

Les techniciens de la Tracpaco avaient donc décidé, ce samedi soir 20 septembre de lancer une opération sauvetage avec le vaillant Fordson.

Voila donc l’équipage en route ce dimanche 21 à 14h30 en direction de Rimont par la 117. Le Power Major file à belle allure, suivi de la Jeep de Marcel en compagnie de André, Thierry et Ghislain. Le temps est magnifique, les véhicules atteignent la bourgade sans encombres et à deux km en direction du col de Rille rencontrent le SAME sagement garé. Toute l’équipe tourne autour, heureuse de contempler cet outil qui semble en fort bel état. Quand au pneu arrière droit il semble en effet  bien balafré, une vitesse très réduite s’imposera pour éviter des fléchissements trop forts du flanc, une explosion importante serait tellement préjudiciable !

Après la prise de photo traditionnelle, la barre de remorquage est passée à la poupe du Ford frémissant et à la poupe du 360 qui n’en revient pas d’un tel remue ménage. Une manœuvre encore et le demi tour est effectué. Le Power n’a aucun mal à emmener sa remorque, André fait signe que tout va bien, la vitesse est modérée : 2ème rapide, puis la 3ème lente est engagée avant la côte de Rimont. La direction n’est pas trop dure, car moteur éteint l’assistance hydraulique est inerte. Par précaution un gyrophare a été mis sur le remorqueur et Marcel en serre file s’assure que tout fonctionne bien. Même une voiture de la maréchaussée qui dépasse l’ensemble ne cille.

A la gendarmerie direction Montesqieu et après une petite halte André fait observer que la vitesse convient mais qu’il ne faut pas aller au-delà car sans assistance il doit compenser l’inertie du vérin de direction et qu’il serait vraiment dommage de verser un si bel attelage en perdant le cap, aussi restons presque au milieu du chemin préconise-t-il. Un peu plus loin, Max de Autrefois le Couserans, croise le convoi, c’est l’occasion de s’envoyer le bonjour et d’annoncer qu’un nouveau Diesel rentre dans le club.

Le pneumatique, qui n’avait pas fait quelques tours de roue depuis fort longtemps semble ravi de son voyage puisque pas une plainte ne s’échappe du boudin.

Voici la descente sur Audinac et une chose est rassurante, c’est que les freins du

‘’ Treviglio’’ fonctionnent à merveille car André à chaque appui sur les pédales calme les ardeurs du fougueux de Dagenham….

A Jean Dieu c’est la descente sur Montjoie puis l’arrivée à Salucie ou pendant quelques jours, le temps de se refaire une santé, l’endothermique restera au repos chez Roland. Pendant ce transfert de deux heures, rien n’a bougé. Difficile de dire qui était le plus content de tous les acolytes !!

 Après une petite boisson il convenait de ramener le Major dans son annexe et de tous ceux de la Tracpaco c’était bien lui qui avait tourné le plus ces derniers temps et de loin, va bene !!!       

 

Par William Deering
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Dimanche 1 juin 2008



 

Souchu- Pinet de la Tracpaco ? Souchu- Pinet de la Tracpaco ?

Point de réponse de la firme de Langeais, constructrice de charrues et cover crop (autrefois appelé le pulvériseur à disques) et autres outils de travail du sol. Il est vrai que les grands constructeurs ne daignent point souvent répondre aux demandes des collectionneurs qui sont de bien petits clients potentiels. Et pourtant Souchu- Pinet avait été pressenti par Renault à l’époque pour lui construire sa charrue spéciale adaptée au fameux attelage universel des 3042, 7012, 7013. Renault, dans sa publicité, était très fier de ce système et plus particulièrement de l’une de ses composantes, le crochet dynamométrique. C’était bien conçu mais hélas, comme toute mécanique cela s’usait, notamment le gros ressort qui, peu à peu, à force d’œuvrer dans les terrains caillouteux ou rocailleux se détarait et déclenchait « à tout bout de champ. » La manœuvre d’accrochage n’était pas toujours évidente car au choc la charrue se décrochait et le temps que le conducteur attentionné stoppe son tracteur, un petit espace était franchi. Il fallait reculer et enclencher la mécanique. Plus facile à dire qu’à faire si tout n’était pas parfaitement en ligne. Il fallait donc absolument reconstituer un ensemble historique de ce type. Pour le tracteur, c’était bon, enfin presque.

La première des choses a consisté à couper les rotules soudées au bout des bras de relevage

et à tomber la grosse plaque sur laquelle avait été soudée un pseudo troisième point (ce n’est qu’à partir du D 22 que le trois points intégral sera livré chez Renault) souvent bricolé par les utilisateurs d’alors. Puis il a fallu rechercher les différents éléments de l’attelage. Dans une conversation à bâtons rompus voilà qu’un crochet à l’état neuf a été acquis à Lara puis par annonce la poulie (une des plus belles de l’histoire du machinisme avec celle du WD 9) et les barres d’attelage ont été récupérées à Cellettes, à côté de Blois.

 

Après il s’agissait de trouver la charrue. La partie s’annonçait plus rude. Certes il y en avait bien une traînée, dans la région de Sainte Croix, mais aux socs très abîmés. Alors l’inestimable M. Chouanard d’Auterive fut mis à contribution. Et lors d’un coup de fil la question (sans réponse ?) lui était posée :

-« Bonjour, M. Chouanard, Ne connaîtriez-vous pas une charrue à attelage universel pour le Renault 7013 ?

- Oh écoutez je crois bien en avoir vu une à Eauze et j’ai bien vu que ce n’était pas une trois points classique. Je vais appeler la personne chez qui je l’ai vue et je vous tiens au courant. »

 

Le lendemain coup de téléphone: Chouanard à l’appareil :

- « Bonjour, je crois que j’ai ce qu’il vous faut et elle est à vendre C’est une mono soc réversible avec roues porteuses. C’est bien une Souchu- Pinet.

- Oh pétard, lui répond son interlocuteur, je viens mardi 12 février en début d’après midi.

- Parfait, ça ira, nous irons voir l’araire. »

 

Ce mardi après midi la goélette se fit un malin plaisir de manger des kilomètres et Mr Chouanard ne supportant pas d’attendre était juché sur son magnifique John Deere et passait les disques dans un champ à Lasseube-Propre. Le matériel rangé, voilà les deux acolytes en escapade          

    à Estang, quelque quinze kilomètres après Eauze. Saint Girons / Estang : 197 kilomètres que ne ferait-on pas pour trouver des socs : remuer ciel et terre ?

Et oh surprise l’accueil fut des plus chaleureux chez cet honorable marchand réparateur de matériel agricole, passionné de Massey Ferguson, dont les cours sont garnies de matériels plus émouvants les uns que les autres. La Souchu- Pinet est bien là, rouillée certes,

mais en état très correct : carrelets, socs, age, étançon, coutres, versoirs : rien à dire. Les pneus ? Ah là, c’est un peu plus délicat. A bandage plein bien sûr, l’état du caoutchouc de celui du côté droit n’est pas très beau. La rechange sera difficile à trouver. La tête : un peu de jeu dans la tringlerie mais rien de méchant. L’attelage, oui, c’est bien ça mais il semblerait qu’il y ait eu une modification avec l’adjonction d’une fixation d’un troisième point mais la partie du bas semble bonne. Et tout à trac, Marko, qui avait emporté plusieurs schémas du fameux crochet exhibe un croquis et demande à M. Lafaille:

- «  Vous n’auriez pas cette pièce, par hasard, c’est la seule qui manque ?

- Oh si, je crois qu’il me reste un ensemble, allons voir dans le parc derrière. Ce doit être par là. »

 

Et Marko, sûr de son flair, fouinant près d’une épave de D 22, s’écrie avec fougue :

- « Elle est ici, je l’ai ! »

 

            En effet, relégué, gisait là un crochet, la barre demi ronde et la fameuse chape.

 

- « Vous me la gardez, je la prendrai le jour du chargement avec la charrue ! »

 

            Après avoir convenu du prix, restait à monter une expédition pour enlever ce précieux butin.

 

- «  Vous n’êtes pas pressé que nous enlevions la marchandise ?

- Pas du tout, venez quand vous voulez, même un dimanche pourvu que vous me préveniez !

- C’est d’accord, merci beaucoup et nous vous avisons dès que nous avons du nouveau. »

 

            Si l’aller fut des plus agréables, le retour le fut tout autant. Avec Mr.Chouanard, il y a toujours un pan de l’encyclopédie du tracteur à découvrir. Il serait même sur la piste d’un D 3 … top secret !

 

La date du départ fut fixée au dimanche 11 mai, mais la veille au soir à 23 heures la chaudière n’était pas encore sous pression, Rémi était introuvable. C’était pourtant lui le capitaine de frégate pressenti. Enfin peu avant minuit une sonnerie stridulante du téléphone donnait la suite à une retentissante information : « C’est bon pour demain, départ à 6 heures ! » Ouf, quelle bonne nouvelle ! Et André, es-tu des nôtres ? Ma foi oui, avec grand plaisir, à demain matin donc.

 

Pour être une belle journée, ce fut une belle journée ! Le puissant Diesel à cycle alternatif remorquant sans beaucoup de peine la grande remorque et en 3 heures émaillées de conversations non stop, le beau clipper atteint le joli petit village d’Estang. Les visiteurs étaient tellement joyeux de voir toutes ces belles machines que la visite faillit durer plus longtemps que prévu. Marko se disait, d’ici qu’il faille affréter un semi remorque, il n’y a pas loin ! Ici un Zetor 4511, ici un Cub, un peu plus loin un super Dexta, puis un Som 20, deux 835 … Tout à coup Rémi : « Déjà 10 heures 30, il faut charger, le circuit n’est pas fini ! »Alors d’allumer le John Deere  pour lever et charger le Souchu- Pinet avec la fourche ne fut qu’un jeu d’enfant. Restait à arrimer, sangler, caler et régler.

 

 

- « Au revoir, M. Lafaille, merci de votre visite et à la prochaine. Pour aller à Roquefort, près d’Agen ?

- Cazaubon, Barbotan, Nérac et vous tombez sur Roquefort. »

Et le ravitaillement ? Pas en vol tout de même, rien ne presse aujourd’hui, il faut envisager cela à Nérac. Et là, dans cette très jolie petite bourgade, quel succulent repas ! Roquefort en vue, rue des Prairies, après le premier feu à gauche, ce n’est pas difficile à trouver. Notre hôte attendait le convoi et de s’écrier en riant aux éclats et en s’adressant à Rémi :

 

- « Deux ans que je vous attends, je me suis fait deux ennemis !

- Nous sommes quand même arrivés, rétorqua le convoyeur de l’impossible, en s’esclaffant. Tout vient à point à qui sait attendre !

- Venez, je vais vous montrer les mécaniques. »

 

Les visiteurs ne furent pas déçus : tracteurs, motos, solex : un musée. André de dire :

- « Je ne regrette pas d’être venu, même si je n’ai pas beaucoup dormi, le spectacle en valait la peine ! »

 

Derrière une palissade se trouvaient quelques ferrailles stockées en attente d’être fondues. André de demander : « La caverne d’Ali Baba, vous pouvez me la montrer ? »

 

L’heure tournait, comme toujours. Le radio navigant lança l’appel : « Il faudrait peut être penser à regagner le sud ? »

 

Qu’étaient ils venus chercher ? Une faucheuse à gazon pour Cub construite artisanalement en plusieurs exemplaires. Jean Noulin en a d’ailleurs fait état dans son excellent livre « le Cub et ses dérivés ». La charger et la ficeler ne fut pas bien compliqué et après une poignée de main chaleureuse le retour fut entamé. Il fut décidé de prendre la très prestigieuse N 113 puis la N 20 jusqu’à Toulouse. Après tout, c’était jour de loisir, rien ne pressait, il faisait très beau.

 

Rémi demandait souvent : « La charrue suit toujours ? » Le pilote répondait : « Oui, oui, chargement stable, aucune velléité de fuite ! » André, à l’entrée des agglomérations : « Ne va pas trop vite, attention aux points ! »

 

A 19 heures, le vaisseau rejoignait la plaine de Sentaraille, Rémi avait encore quelques animaux à « appailler », point de jeûne pour ces bons bestiaux. Il convenait tout de même de relever les inscriptions de la plaque signalétique de la charrue avant de clore cette remarquable épopée :

« Souchu- Pinet

H. Monere et Cie Ing. Constr.

Langeais 37130

122 305

Encore des recherches en perspective. Finalement la collection, c’est comme un puzzle, composé de tant de pièces qu’il en manque toujours une pour le parfaire.

M. R.

 

 

 

Plutôt rare, non? Précisons toutefois qu'une pièce essentielle
est encore à trouver: la gueule de loup qui vient s'engager
dans le crochet universel du tracteur car cette charrue à été modifiée en 3 points!!!!









Par William Deering
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Dimanche 18 mai 2008

Le prodige de Harry Ferguson, le TEA 20

 

Brillant constructeur de tracteurs agricoles, la carrière de Harry fut assez difficile à ses débuts. Son opiniâtreté d’Irlandais n’était pas pour rien dans sa réussite. Après un partenariat avec Daniel Brown en Angleterre, puis la rencontre historique de Fair- Lane avec Henry Ford et une fructueuse collaboration de 1938 à 1947, il fallut cette année-là tout recommencer. En effet, le petit fils d’Henry Ford dit Henry II, puisque du même prénom que son grand père, n’était pas satisfait de ce fameux accord et les choses tournèrent mal à tel point qu’Harry lui fit un procès qui dura 5 ans et il gagna. Ford dut abandonner le système Ferguson, payer une lourde indemnité mais Harry dut repartir sur de nouvelles bases. L’immense légende Ferguson entrait en marche. Une première usine démarrait aux Etas Unis puis en Angleterre, puis la construction sous licence chez Hotchkiss en France. Le fabuleux « petit gris » était né : 4 cylindres à essence, relevage 3 points, compact et maniable ce véritable bijou ne devait point décevoir. Dénommé TEA pour Tractor England ou TOA pour Tractor Oversea, il était tout de gris vêtu, de la même couleur que les vaisseaux de la Royal Navy. Le modèle français, quant à lui, était peint en rouge pour le moteur, la boîte et le pont. Capot, jantes et ailes étaient gris.

Devant un passé si prestigieux, le monde de la collection ne pouvait rester insensible et Marko s’était dit : « Tout de même, il faudrait voir rentrer un petit gris. »       Le petit gris, mignon, non?

 

Alors un jour de juin 2006, il croise Paul, un gersois d’origine, et lui dit tout à trac : « Voyons, Paul, vous qui êtes du Gers et dans le milieu rural, pour sûr que vous devez bien connaître quelque petit gris dans votre contrée. Cela m’intéresserait d’en avoir un. »

-         Ecoutez, je vous promets de me renseigner, je sais quelqu’un dans mon village qui connaît la question et je vous recontacte dans quelques jours.

-         Parfait, à bientôt.

-         Quelques jours après en effet, la nouvelle tombe : je pense que j’ai ce qu’il vous faut, quand venez-vous ? 
-
        
Voyons le calendrier, hé bien ce sera pour le dimanche 9  juillet.

- Parfait, vous resterez manger à la maison le midi.

- Qu’à cela ne tienne, au dimanche...

Ce fameux dimanche arrive, la journée s’annonce belle et très chaude.

Saint Girons / Auterive (avant Auch), à peine 100 km à travers les magnifiques coteaux du sud ouest. Auterive en vue, Paul est là et après un petit café direction son voisin M.Chouanard. A peine arrivé dans la cour de la petite maison, Marko voit de-ci delà quelques morceaux de tracteur, des remorques, des roues, et se tournant vers M. Chouanard lui dit :

- « Mais vous êtes collectionneur ?

- Oui, oui, mais si vous voulez je vais vous montrer les tracteurs, venez, ils sont sous le tunnel, là au fond. »

 

Et oh surprise ! Les engins sont soigneusement alignés sur trois rangées, sous une grande serre de maraîcher de huit mètres de large, soigneusement bâchée et éclairée.

 

Paul disait : « Nous allons être en retard au rendez-vous, le gardien de la ferme où se trouve le petit gris nous attend. Et M. Chouanard de rétorquer :

- Ne te tracasse pas Paul, c’est à 200 mètres, rien ne presse ! »

 

C’est qu’en effet au vu de tous ces trésors, la conversation a duré bien plus d’une heure. Il y en avait, des nouvelles à donner sur toutes les marques : Renault, John Deere, Mac Cormick, Map, Vandeuvre, Sift, Someca … On ne pouvait plus partir. Paul n’imaginait pas à quel point il avait fait, sans le savoir rentrer Marko dans un paradis.

Et son interlocuteur qui paraissait trop heureux d’avoir un passionné en face de lui, lui posa tout de même la question surprise avant de partir : d’après vous quelle

Le TEA 20  garé à l'annexe de Saint-Dizier.
est la différence entre le Renault r 7012 et le R 7013 ?

-le 7012 est à relevage et pas le 7013.

-pas tout à fait : le 7012 n’a pas le blocage de différentiel et le 7013 si.

Cela devenait une énigme car un numéro de charge utile faisait état de cette différence en précisant que le 7012 avait le relevage et pas le 7013, or Marko a un 7013 dans son écurie avec relevage et blocage différentiel, les plaques constructeur portant bien la référence 7013 !!

Enfin voilà nos trois négociants arrivés dans la jolie petite ferme au fond du village à droite. Après les poignées de mains rituelles la grange s’ouvre au regard des visiteurs. Le petit gris se trouve là, au fond, sagement remisé. Marko s’en imprègne tout de suite : la carrosserie est en très bon état, les pneumatiques à l’avant sont quasi neufs, usés aux 2/3 à l’arrière, le logo Ferguson est intact au milieu de la calandre, les phares comme neufs semblent un peu gros pour être d’origine et le petit rétroviseur gauche typiquement Ferguson n’y est pas. Seuls le moteur et le pont un peu gras nécessiteront un bon dégraissage. Sur le côté gauche le sigle Ets Marchand -Pamiers révèle bien que même les tracteurs sont des migrateurs.

Pour son âge( 1956) bon pied, bon oeil!                                                                                       

- « Je vais l’allumer », dit le maître des lieux.

Le moteur Hotchkiss démarre au quart de tour, le relevage fonctionne, les vitesses passent très bien, les freins ne semblent pas de la première efficacité, la direction n’a pas de jeu, le crochet Ferguson est en place, mais enfin l’avis général est très favorable.

Le bruit du pot d’échappement n’est pas passé inaperçu et il semblerait qu’à chaud, aux dires de M. Chouanard, le moteur cafouille.

- « Avez-vous le troisième point ? Je ne sais pas où il est.

- Ce n’est pas grave, je vous en donnerai un, rétorque M. Chouanard. Il est d’origine et typique de Ferguson.

- Et la carte grise, vous l’avez ?

- Non, Madame Durand, la propriétaire de la ferme, l’a égarée, mais il n’y a pas de problème, grâce à l’attestation d’assurance nous avons le numéro d’immatriculation et comme elle vient souvent (elle habite à Carbonne) je lui ferai faire une déclaration de perte. C’est une amie d’enfance, il n’y aura pas de problème. »

 

En fait, plus d’un an après, devant la non résolution de cette question administrative, il fallut faire une carte grise de collection car il ne saurait être question qu’un véhicule de la Tracpaco ne soit point répertorié.

 

- « Et combien cela va-t-il coûter ?

- Oh Madame Durand en demande 250 euros.

- C’est d’accord, il n’y a plus qu’à venir le chercher sur une remorque porte voitures, nous vous préviendrons du jour de convoyage.

- C’est entendu, je l’amènerai à la maison, ce sera plus commode pour les manœuvres.

- Au revoir, Monsieur, et merci beaucoup. »

 

Retour chez M. Chouanard qui a tenu absolument à offrir l’apéritif : que refuser à un éminent et aussi érudit collectionneur ?

Après un succulent repas chez Paul et Régine, bien à l’abri des ardents rayons solaires, le chemin du retour s’annonçait. Marko, au volant de la goélette, se disait tout de même : « Quelle rencontre extraordinaire et quelle merveilleuse journée ! »

 

 Peu avant Boulogne un arrêt s’imposait à la vue d’une magnifique moissonneuse Laverda en train d’évoluer dans un champ très pentu à la récolte quelque peu versée. Une phrase célèbre de Sénèque lui revenait à l’esprit : « Bien peu d’hommes peuvent prétendre à la qualité d’hommes d’Etat, s’ils ne connaissent rien au problème du blé. » Eblouissante prophétie, n’est-ce pas ?

 

Un peu plus loin à droite une grande Claas œuvrait dans un nuage de poussière. Ah, ces cinq lettres, tout un programme à la pensée de la prestigieuse firme de Harsewinkel. Après ce petit périple il convenait d’aller chercher cette nouvelle acquisition. Ce fut programmé pour le mercredi 9 août. Départ pour Auterive avec le Jeep et la remorque de Rémi. En copilote Marcel et radio navigant stagiaire Aurélien. Le trajet parcouru sans encombre, le petit gris eut tôt fait d’être embarqué et Marko fit bien répéter à M. C. le montant de la transaction ne voulant point faire d’erreur. Mais somme toute, se disait-il, c’est vrai que les petits gris sont très courants et bien que très prisés ne voient pas encore leur cours s’envoler.

 

Le retour à Saint Girons fut des plus gracieux. La remorque oscillait au gré de la houle. Le TEA 20, cloîtré depuis si longtemps prenait un bain de jouvence. Le public souriait à la vue de ce convoi si touchant. Harry pouvait être rassuré, son sillage lumineux n’était pas près de s’éteindre.

 

 

 

 

 

 

 Son frère en version Diesel,
grand succès aussi.

Par William Deering
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Dimanche 20 avril 2008

Bernech, le 9 août 2002

Le rendez vous des tracteurs

 

 

Très tôt ce dimanche matin 4 août, les carillons n'avaient pas fini de tintinnabuler dans les chambrées couserannaises que les chauffeurs étaient déjà debout. L'émotion était à son comble ! Pas question de manquer une telle fête. Sitôt le costume traditionnel enfilé et le premier café du matin bu, direction les remises. Le matériel piaffait d'impatience.

La cérémonie de l'allumage ou plutôt du chauffage pouvait commencer. Pour les moteurs à essence, c'est plus simple : un coup de démarreur ou un tour de manivelle suffit. Pour les diesel un peu de chauffage et c'est parti.

Pour les boules, c'est plus pittoresque. Il faut dire que pour les petits ou grands verts, c'est à dire les Vierzon comme on aimait les appeler dans nos campagnes, la manœuvre constitue un attrait qui fait à chaque manifestation l'émerveillement des touristes et l'admiration sans faille de ceux des campagnes.

Alors l'homme de l'art s'approche de la mécanique avec un brûleur à gaz et pendant un long moment chauffe goulument la grosse boule. Puis vient le moment critique : il faut exciter le moteur au moyen de la grosse poulie latérale. Si la température est suffisante, le « poum poum » caractéristique du gros cylindre se manifeste. Sinon il faut recommencer.

Ainsi peu à peu les machines prenaient la route et tels les petits ruisseaux qui se rassemblent dans la rivière, avaient pour mission de rejoindre la première halte à Lorp chez Paul, pour ceux qui venaient de la plaine du Bas Salat et des coteaux environnants. Quant à ceux de Moulis, ils rejoignaient directement Saint Girons où le rendez vous était fixé devant chez Milo, boulevard Frédéric Arnaud.

 

A 7 heures 15, les dernières gouttes de pluie venaient enfin de s'arrêter, le convoi précédé de deux motos de la gendarmerie prend la 117. Là, déjà, c'est un spectacle majestueux et de couleur, et de bruit, et de bonheur des conducteurs grands et petits. Que voit-on dans ce défilé exceptionnel ?

 

Les Deutz et leurs remarquables moteurs refroidis à air

Les Porche

Les Vendeuvre

Un Renault 3042 à essence

Un Allis Chalmers à essence

Les Massey Harris

La lieuse de Pierrot tirée par le Deutz de Georges

Un Ford à essence, copie du Ferguson.

Puis à Pourlande, à la sortie du chemin de l'usine, léger ralentissement pour le raccordement du petit Mac-Cormick Super FC-C à essence et le splendide convoi de l'Hanomag de Martial remorquant la batteuse Braud et la presse à balles sur roues fer.

Les automobilistes déjà nombreux à cette heure matinale commencent à écarquiller les yeux. La chenille est impressionnante ; à l'entrée de Saint Girons le Massey tousse un peu, se ressaisit et ne lâche pas le convoi. Boulevard Frédéric Arnaud, tout le monde se gare sagement le long des trottoirs, quelques moteurs tournent au ralenti probablement pour éviter des démarrages difficiles.

Un réconfortant casse croûte est dégusté chez Milo. Les hommes sont ravis y compris les convoyeurs à moto pour qui cette tâche semble être plutôt de la distraction.

Viennent s'ajouter le Deering de Raymond, un magnifique Bolinder, puis les Lanz superbement restaurés dont l'un d'ailleurs intrigue par son pare brise et ses places passagers. Les quelques pétarades subrepticement dosées par leurs chauffeurs semble-t-il avertis sont absolument spectaculaires.

  Très beau Kramer restauré

Attention Paul prend la parole : départ du défilé à 10 heures, direction le Foirail, avenue Gallieni, une halte de 5 minutes devant le Madrid, une deuxième au square Balagué, rue de la République, le Champ de Mars. Vers 13 heures les engins se garent rue Villefranche et c'est ensuite le repas à l'Occitan.

Le petit Vierzon vigneron 

Ah ce défilé ! La foule était en liesse. On se serait cru revenu à l'heure de la libération, tellement les acclamations étaient intenses. Les photographes mitraillaient, les enfants riaient et voulaient monter à bord, les anciens pleuraient d'émotion, les dames et demoiselles faisaient parvenir mille baisers à leurs héros du jour. C'était vraiment la fête. Tout le long du circuit un nuage bleuté, plus ou moins noirâtre par endroits, surmontait cet incroyable rassemblement de tracteurs.

Inouï, inégalable, émouvant, unique, exceptionnel sont les quelques mots qui pouvaient qualifier cette démonstration.

De temps en temps, une explosion tonitruante d'un « à boule » rappelait au public chaleureux l'extraordinaire magie des moteurs à combustion interne. Depuis maintenant plus d'un siècle personne n'est arrivé à faire mieux dans ce domaine.

 

Et l'après-midi ? Après que le café fut avalé et que le soleil soit enfin de la partie, les équipes allaient se répartir selon le programme établi. Le public était déjà très dense ; tous les ingrédients étaient réunis.

Au Gravier se trouvaient les métiers à l'ancienne. Guy s'en donnait à cœur joie d'affûter les lames et de changer les sections. Le moulin à blé devait ne pas faire oublier que tant qu'il y a de la farine, il y aura du pain. Le stand du constructeur de batteuses et presses miniatures montrait qu'il vaut peut-être mieux se perdre dans la passion plutôt que de la perdre.

Autour de l'église et place de la Halle les étalages étaient au coude à coude. Au Champ de Mars les attelages étaient au repos. Jimmy officiait en tant que maréchal ferrant. Une discipline qui tient de l'art et qui fort heureusement s'est bien transmise.

Place Jean Jaurès le sciage en long mené de main de maître par l'équipe de Paul ; sans bois ni sciage point de charpente.

Deux belles figures légendaires

 

 

Place Vaillant Couturier, le dépiquage. La petite batteuse Braud (une sacrée marque celle-là) est entraînée par un Vierzon 201. Il n'a pas l'air de trop peiner, le bougre. La courroie n'est pas croisée, le tracteur est calé au moyen du traditionnel cric à batteuse. Ne lui vient-il pas à l'idée à un moment donné de se décaler sous l'effet des vibrations ! La courroie se détend un peu et la barrette à chaque tour vient fouetter l'essieu avant du grand vert. Au raffut métallique qui s'en suit, le public recule comme la vague qui reflue. Martial accourt et d'un geste expert maîtrise la mécanique. La foule est aux anges.

Le Braud perd bien un peu de grain sous les caissons de ventilation mais le battage est impeccable, pas un rejet dans la balle, le grain est propre, sec. On voit de ci de là quelques connaisseurs mâchouiller un peu de cette céréale si précieuse. Ainsi était la tradition de la moisson.

La presse jaune ne cafouille pas un instant. Le gros piston comprime inlassablement la paille dans le canal carré. Guillaume fait l'apprentissage des aiguilles malgré sa crainte de la poussière mais la tutelle de l'homme en bleu, fin manœuvrier, lui donne entièrement confiance. François surveille de près l'écoulement du grain dans les sacs de jute.

L'approche des charrettes tirées par les bœufs Casta puis Gascons de M. Lazerges est remarquable. Les animaux sont beaux de placidité et leur propriétaire heureux.

Claude vient se tremper dans l'ambiance du battage. Ne se souviennent-ils pas, à cet instant, tous les acteurs et spectateurs, de l'extrême importance de ce travail et de cette fête ?

S'en souviennent-ils, les Couserannais, lorsque vers 1958, la première moissonneuse batteuse Massey-Harris œuvrait dans les champs de Bagens en bordure de la 117, et que toutes les voitures s'arrêtaient devant un tel spectacle

Puis c'est au tour de la dernière gerbe. Les quelques épis tombés sont ramassés et envoyés au batteur ; la dernière paille pressée, le chauffeur ralentit le régime du Vierzon, Martial desserre le cric, le tracteur avance, la courroie détendue peut être enlevée. C'est fini et un peu triste.

 

Pendant que les dépiqueurs finissent de rentrer le matériel, François et ses assistants chargent sacs et paille sur la remorque (l'année prochaine il faut faire une démonstration de chargement). Le tumulte diminue un peu. Martial prépare l'Hanomag (une horloge, ce Diesel), recule un peu la presse pour atteler la Braud qu'il faut tourner de sens à la main. Le convoi s'en va tout doucement par l'avenue Galliéni. François est déjà parti, les attelages ont disparu comme par enchantement depuis longtemps ; Paul prépare son Vierzon, puis suivi du Super FC-C prend la direction de Lorp. Un autre Vierzon restera garé jusqu'au lundi matin devant le magasin du photographe. Lui et la balle resteront les témoins, durant quelques heures de plus, de ce fabuleux dimanche 4 août.

                                                                                   Le vigneron super FC-C ou Vineyard 

O tracteurs de notre temps, vous ne nous avez pas déçus, l'année prochaine venez encore plus nombreux, sortez de vos remises, les Bautz, les Fahr, les Deering, les Massey, les Sift, les Map, les Nuffield, les Man, les Ursus, les Renault, les Mathis, les John Deere, les Case, les Fendt, les Guldner, les Someca, les Zetor et tant d'autres.

 

Saint Girons la belle vous attend.

 

M. R.

 

 

 

 

 

 

Par William Deering
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Samedi 12 avril 2008

 

 

L’arrivée du 624 dans la contrée avait été fort éblouissante. La gamme européenne s’annonçait sous les meilleurs auspices, car après le beau 62 chevaux, le 523, 52 chevaux, 3 cylindres, apparut dans nos campagnes. A vrai dire dans le Couserans fort peu d’exemplaires mais bien entendu fort remarqués étaient apparus.
                                                             voici le 523, il n'est pas encore dans la collection Tracpaco...
Fernand, dont l’exploitation s’agrandissait, avait besoin de s’équiper. Le valeureux et irréprochable 267 (calandre blanche) était un peu léger et après mûre réflexion le choix se porta sur le 523. Plus léger, plus maniable que le 624, il semblerait convenir tout à fait. A noter que déjà, à cette époque, ce bel outil était proposé en 4 roues motrices. Celui d’Audinac, en 1968, en avait deux comme la plupart de ses congénères. Deux grandes roues, puisqu’il s’agissait de 13,6 X 36, mais en option il pouvait être commandé en dimension plus basse et plus large. La grande innovation sur ce modèle était la boîte optionnelle « Ampli » qui comportait un amplificateur de couple et un inverseur de marche.

 

Ford avait lancé quelques années auparavant le Select 0 Speed sur le Dexta, dont le démonstrateur s’en donnait à cœur joie sur le home trainer au concours agricole de Toulouse.

 Le sigle IH trone au milieu de cette belle calandre, la légende est en marche....

Bien sûr la IH ne pouvait être en reste et cet inverseur de marche sur 624 et 523 arrivait à point nommé. Ah qu’ils se ressemblaient ces deux joyaux ! Et ce poste de conduite ! Bien calé sur son siège assez confortable le conducteur avait désormais un poste de conduite dernier cri : tableau de bord avec compte tours, commande des clignotants, appel de phares, voyant de clignotant, code, phare, commande de la prise de force au moyen d’un levier manuel à gauche, prise de force 540 ou 1000 tr/mn, vitesses lentes, rapides ou marche arrière au levier de vitesse gauche, à droite 4 vitesses synchronisées, et sur le côté droit le fameux inverseur de marche qui permettait sur la gamme arrière d’inverser sans débrayer. L’embrayage était, lui, un modèle de douceur. La pédale, large, devait être manœuvrée de haut en bas de même que les freins. Elle ne demandait pas un gros effort et les manœuvres délicates se faisaient sans à coups. L’inverseur était plus délicat et il fallait vraiment l’utiliser à très faible régime moteur pour éviter les bonds que ne manquaient pas de faire le flamboyant Diesel de la Mac Cormick. Cela dit en passant, c’est en 1969 que le nom International apparaît en gros caractères sur les flancs du capot. Le nom prestigieux sera de plus en plus discret. Qu’à cela ne tienne, le splendide sigle IH trônera encore longtemps sur les calandres.
 

 

    Le percheron dans son garage, toujours de première main et sans défaillance.

 

L’échappement était vers le bas en série et pouvait être livré vers le haut à la commande. Le silencieux vertical donnait un léger sifflement d’où le surnom de pot siffleur. Ce 523 d’Audinac l’avait vers le bas, ce qui dans les manœuvres d’attelage n’était pas de tout confort car les opérateurs prenaient plein la figure et surtout les yeux de gaz piquant émis généreusement par le gros 2,933 l de cylindrée.

 

Au volant, il en allait tout autrement. La conduite était très agréable. Fini le temps du pré chauffage sur les séries B, F et D. L’injection directe est arrivée, comme sur les camions. A peine chatouillé le démarreur fait vrombir le moteur. La direction est douce, beaucoup plus que sur le 624. Le tracteur, irradié du bruit si caractéristique de son Diesel, est extrêmement agréable à conduire. Les vitesses passent avec une facilité surprenante : fini le temps des craquements à faire peur et des double pédalages et double débrayages pour ne pas toujours réussir à dépasser un rapport. Quant au travail qu’il pouvait effectuer, il fallait le voir pour le croire. Attelé à son énorme charrue Mac Cormick bi soc réversible 14 pouces, les grands champs ne lui faisaient pas peur. Il faut dire qu’à la ferme de Jean Dieu et à Audinac du milieu il y a belle lurette que les parcelles ne ressemblaient plus à des mouchoirs de poche. Vous auriez vu le 523 au labour dans les champs en bordure de la D 621. Marko se faisait un malin plaisir, arrivé en bout de raie, de baisser discrètement le relevage et la charrue, piquant du nez, le beau tracteur se cabrait vertigineusement à la plus grande stupéfaction et peut être joie ou crainte des automobilistes époustouflés dont bon nombre s’arrêtait devant un si beau spectacle. Puis le cap passé le percheron reprenait son assiette alors que les énormes socs luisant d’un travail éreintant pourfendaient la terre collante. Lorsque Fernand inspectait le chantier, il disait, son œil exercé ne pouvant le tromper : « Tu as labouré bien profond ici, le disquage va être difficile … ». Ne savait-il point encore, le jeune apprenti, que la moisson venait plus du labour que du champ ?

 

En même temps, ces longues journées de labour lui avaient permis de découvrir de façon empirique le fameux phénomène du couple de transmission associé au régime moteur. Ainsi il s’était aperçu qu’en faisant monter le régime à 2000 tr/ mn le patinage augmentait sensiblement et qu’en repassant à 1800 / 1850 tours il obtenait une
                                                            L'accès au poste de conduite, un moment délicieux.....
accroche sensationnelle. Précisons bien qu’avec une pointure de 13,6 X 36, il ne perdait pas pied, pratiquement jamais.

 

Un dimanche, se disant que le labour effectué n’était pas régulier, il décida de changer d’outil aratoire. Pourquoi ne pas essayer la charrue à disque sagement garée à Caujolle ? Cette machine l’avait tellement émerveillé à Peillou lorsque Père labourait la Prade et lors des spectaculaires essais au champ de l’usine avec le 624 qu’il pensait : « Pourquoi pas moi ? »

                                                            vue arriére du beau 3 cylindres, les ailes arrondies comme au bon vieux temps....

Déjà pour l’atteler ce ne fut pas facile, quant à la régler ce ne fut point possible. La terre ne ressemblait plus à un labour mais à un champ de bataille. La tentative échoua donc et la bi soc reprit du service pour la fin de l’après midi.

 

En soirée, le poulain reprit la direction d’Audinac d’en haut non pas au galop mais au petit trot. Il convenait de faire durer le plaisir et de se faire admirer. Alors c’étaient les expérimentations de la boîte de vitesse avec cet incroyable inverseur : gamme lente, en 4ème, inverseur vers l’arrière. Cela donnait un trot léger, enlevé, reposant. Le Diesel ronronnait, les immenses pneus V10 Kleber tournaient allègrement, le conducteur insouciant semblait libéré et promu au rang d’homme …

 

Et l’été que faisait dons le 523 ? Là encore il tractait la somptueuse presse B 47 (B pour British, fabriqué à Doncaster, usine fermée hélas fin 2006) à moyenne densité. L’ensemble était de toute beauté et parfaitement harmonieux. La IH avait sorti une machine de grande capacité : son large pic up avalait de gros endains , la vis sans fin qui amenait le foin du pic up au piston ne s’en laissait pas conter, le piston enfournait sans souci. Les noueurs étaient plus délicats. Il leur arrivait souvent de « louper » des nœuds aussi bien chez Fernand qu’à Peillou, ou que chez Pierrot à Saint Lizier. Il n’était pas rare de voir arriver Roger dans la petite camionnette R 4 de la concession venir faire quelques réglages pointus. C’était un grand spécialiste. A Audinac seul Fernand pressait. C’était d’ailleurs dans beaucoup de fermes le rôle du chef d’exploitation. Les apprentis, eux, faisaient les chargements qui ressemblaient souvent à des murailles tellement ces balles étaient parallélépipédiques et tellement ils avaient une adresse hors pair. Alors, ces jours-là, ils admiraient le 523 et la B 47 et les sachant tout près d’eux en étaient rassurés et heureux.

 

La IH en 1966 avait fait un beau cadeau au monde agricole, toutefois payant puisque offert contre une modique somme de 20000 francs avec ce mirifique 523 à l’appellation si agréable. Oui vraiment avec le 624 ils éclairaient d’un soleil nouveau le monde de la ruralité. La gamme européenne était entrée dans la

L'énorme charrue bi-socs,toujours aussi belle, donnait du fil à retordre au talentueux 523..
légende et les petits elfes qui les menaient avec brio voyaient du Mac Cormick partout dans leur sommeil.

Par William Deering
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Vendredi 21 mars 2008

Aux ateliers Couserannais des carrossiers réunis,

 

Finalement le Super FC-C avait pu participer au défilé du 4 août dans la capitale Couserannaise.

Grâce à qui ?

Grâce aux fabuleux magiciens des ateliers Couserannais réunis PH-M !!! Le petit Mac Cormick avait un pot d’échappement en piteux état.Pas question de sortir sans une parure neuve.Que faire ? A la casse de Fleurance, rien en vue, chez Dijeaux non plus, chez PAC idem. Alors il ne restait qu’une solution, faire fabriquer une tuyère neuve. Après une nuit agitée, celle du jeudi au vendredi, la décision est prise de demander aux experts de Chanteraine leur précieux concours. L’accueil fut des plus chaleureux.Il y a fort longtemps que de bonnes relations étaient établies.

Le miracle eut lieu. Le samedi soir, c’était un véritable joyau qui était sorti des mains de fée d’Henri. Une imitation à l’identique au neuf, et peinte en noir s’il vous plait, comme la pièce d’origine.

Là haut à Saint-Dizier Mac Cormick pouvait être jaloux. Trop tard, il fallait répondre aux courriers de décembre 2001 tombés dans l’oubli. Alors à Bernèch ce samedi soir il ne restait plus qu’à mettre en place ce nouvel appendice sentant si bon le neuf. Le joint du collecteur avait été trouvé chez PAC, la nouvelle batterie acquise à prix d’or chez Feu Vert mise dans son caisson, le joint du décanteur à essence dégoté chez Marandel( du bouchon à essence d’une tronçonneuse Sthil !!!) le petit moteur quatre temps ne fut pas difficile à allumer.

Resterait le démarreur à voir plus tard.Refusant d’entraîner la couronne il conviendrait d’ouvrir calmement cet organe lors d’une prochaine pose pour éviter d’utiliser la manivelle qui nécessitait malgré tout un effort non négligeable.

Et le bruit, ah le bruit ! Les ingénieurs de Saint-Dizier en auraient été baba, tellement ce moteur régulier comme une horloge et ce clapotement feutré des pignons formaient une harmonie hors pair. Et les gaz d’échappement ? Passage forcé par le splendide conduit neuf, bruit amorti en sortie, tout cela présageait de bons moments.

Bravo Philippe et Henri ! Vous êtes des orfèvres. Vous avez donné une âme au métal, il est devenu votre ami. Perçage, taraudage, limage, soudure, brasage, étamage, pliage, cintrage, dé bosselage, polissage et peinture n’ont plus de secret pour vous.

Vous pouvez êtres fiers. Ce Dimanche 4 août allait être réussi. Le plaisir serait des deux côtés : dans la foule et chez les chauffeurs.

 

 

                                                                                              M. R.

 

Par William Deering
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Lundi 17 mars 2008
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Mars1966. 

Alors que Père et Marko vaquaient aux derniers soins apportés à leurs magnifiques bovins en ce samedi soir, dans l’écurie numéro1, un bruit inédit se fit tout à coup entendre. Il s’agissait d’un véhicule, mais lequel ? Le bruit s’amplifia et l’engin fit son apparition devant le porche. Cet instant devait marquer à tout jamais la vie du jeune commis tellement le dernier né de la Mac Cormick International Harvester, de son prénom 624 Diesel, lui était apparu beau, inégalable, attirant. Son père, ébahi de le voir si admiratif, n’osait lui dire un mot. L’heureux conducteur descendu, Tonton Rémi, et la conversation engagée, le tracteur resta garé devant l’écurie, moteur tournant, à la plus grande joie du gamin. Pour une nouvelle, c’était une nouvelle. Nul autre que lui n’aurait pu toucher du regard, et regarder avec ses mains, le noble véhicule quasi extra terrestre, flambant neuf. Doté de grandes roues, 13 X 36, tout de rouge vêtu quant au moteur, le capot, les ailes, le pont, les jantes jaune ivoire ainsi qu’une bande latérale de chaque côté du capot, l’engin avait fière allure.

  PHOT0008-copie-1.JPG

Et la calandre, toute nouvelle elle aussi, jaune ivoire, en plastique, les phares ronds encastrés, lui donnaient un aspect hors du commun. L’échappement vers le haut renforçait cette attitude majestueuse. Et le bruit, alors, le bruit !!Ce moteur, 62 chevaux, 4 cylindres, ronronnait d’un bruit tranquille, régulier comme une horloge, à ne s’en lasser jamais. Ce Sigle, 624 Diesel, il n’y avait pas plus beau ! N’eut été sa silhouette massive, on l’aurait presque pris pour un Farmall, ce bougre. La IH  venait de frapper un grand coup Cette fabuleuse gamme européenne dont les premiers modèles prestigieux étaient le 624, 523, 423 allait beaucoup faire parler d’elle, en bien, dans les chaumières. La concurrence n’avait qu’à bien se tenir !

 

Alors, dans le courant de la conversation, Tonton Rémi dit à Père :

- « Je peux le laisser là, le 624, ce soir, François ? Quelqu’un viendra me chercher.

- Oui, oui bien sûr, tu n’as qu’à le mettre à l’écurie 3, celle des charolaises, elle est vide ».

 

Le prestigieux conducteur installé au volant fit remonter l’énorme charrue bi-socs posée à terre le temps de la discussion, puis mena dans son garage du soir le vaisseau spatial. Moteur et tous feux éteints la lourde porte massive se referma sur le joyau.

 

Au cours du repas, Père dit à H :

- « Peux tu garder les petites ce soir (ces 3 petites sœurs adorées), nous allons au cinéma avec Maman ?

- Oui, oui, pas de problème, répondit l’adolescent, je reste là ».

 

Vers 21 heures, sitôt la petite Renault 4 partie, que lui vint-il dans la tête à ce jeune énamouré des tracteurs rouges de la Mac Cormick ? Il se disait, oh, quand même il faut que j’aille le voir, ce bijou, s’il est bien sage, et puis je vais juste me mettre au volant pour voir un peu ce que ça donne. Le voilà donc sorti subrepticement de la petite datcha, après s’être assuré que les poupées dormaient bien, et à pas de loups, dans ses pantoufles confortables, il se dirigea vers l’écurie.

Le gros 624 était bien là. Allumons l’ampoule pour bien regarder tous les détails. Quelle merveille ! Hop, en deux enjambées le passionné est sur le siège. Quelle odeur de neuf, quel beau tableau de bord, et tous ces leviers de vitesse ! Bon, pour démarrer, contact ! Ce gros bouton noir doit être le contacteur du démarreur, débrayons au cas où il y aurait une vitesse, et le puissant Diesel démarre. Quelle émotion, teintée d’une joie sublime et d’une légère anxiété, car pour un coup d’audace, c’était presque de l’inconscience. Si Père savait ça, et même s’il le découvrait plus tard, pour sûr la punition serait sévère. Mais en rester là, non, ce n’était pas pensable. Aussi, pour s’assurer que le mastodonte était bien au point mort, la pédale d’embrayage fut relevée très progressivement et ouf ! pas de vitesse engagée. Les essais pouvaient donc continuer. Tout y passa ou presque, accélérateur, clignotants, codes, veilleuses, appels de phares, phare arrière, embrayage de prise de force et essai de la 1000 tours / minute et de la 540 tours / minute, variation du régime moteur, quel moteur ! et ce bruit, ah, ce bruit ! Bref la joie était à son comble. Au bout d’un long moment, le gamin se dit : « bon, assez amusé, maintenant il faut stopper ce moteur endothermique et rentrer se coucher ».

 

La tension monta à son comble : comment s’arrête ce moteur ? Impossible de trouver la manette idoine ! Par la clé de contact, peut être, que nenni, nous ne sommes pas à l’époque des électro vannes commandées par la clé ; le bouton du démarreur ? Mais non, bien entendu. Que restait-il ?

 

Sans perdre son sang froid, Marko était néanmoins très anxieux. Passer une vitesse et le caler ? C’est tout de même risqué, car propulsé par son inertie le grand rouge risque de se cogner le museau contre le mur du fond, et alors là, en découvrant cette forfaiture, la sanction pourrait être très lourde. Et puis comment s’y reconnaître dans ce dédale de vitesses (3 leviers qui s’apparentaient plus à des hiéroglyphes qu’à une commande mécanique d’engrenage à train épicycloïdal) ? PHOT0009.JPG

 

Le laisser tourner au ralenti jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de fuel ? Mais tout de même à l’arrivée des parents ils trouveraient bien étrange d’entendre ce moteur et le lien de cause à effet serait vite établi. Même s’il ressemblait à un OVNI, le 624 était lourdement posé sur terre, un Martien ne serait pas venu l’allumer.

 

Que faire ? A force de bien chercher, l’apprenti finit par repérer, à main gauche, au fond, un bouton gris duquel partait un câble gainé comme sur un vélo en quelque sorte. « Jouons le va tout », se dit-il, et de tirer prudemment sur cet appendice. Miracle, quelque chose se produisit !!! Le moteur perdit peu à peu de sa sonorité jusqu’à s’éteindre au bout d’un long moment, privé de sa nourriture liquide. Ce bouton n’était autre que la tirette d’arrêt relié à la pompe mais il aurait fallu tirer beaucoup plus fort car le ressort du rappel était puissant. Cela, Marko devait le découvrir un peu plus tard. Aussi, après s’être assuré que tous les fanaux étaient bien éteints, éreinté mais rassuré, il quitta le poste de conduite, couva du regard son prestigieux 624, referma la grande porte massive.

 

A la maison les petites dormaient bien. Marko plongea dans le sommeil, irradié des merveilles de la Mac Cormick International Harvester. Ce n’est que plus tard, bien plus tard, en 2000, qu’il raconta cet épisode exceptionnel à Tonton Rémi, pour sa plus grande joie. Lorsque ses filles étaient petites, il leur racontait aussi souvent cette histoire pour les endormir.

 

Jusqu’où irait donc la civilisation du tracteur ?

Ce 624, le premier du Couserans, gracieusement prêté par Louis Dijeaux, concessionnaire IH, à Rémi du Pesqué et à Fernand d’Audinac, était le fer de lance de la gamme européenne construite à Neuss  en 1966. Tiré à 28000 exemplaires, c’était un beau tracteur, épais, costaud, vaillant, solide, agréable à conduire. Lorsque nous passions l’énorme cover-crop Jean de Bru dans les immenses terres du Pesqué, la peine n’était pas épargnée. Tel l’impérieux marin à la barre du vaisseau, nous allions à grande allure sur une mer démontée. Nous avions compris depuis longtemps la bonne position des mains sur le volant car les coups de boutoir étaient si violents qu’une fracture aurait vite pu arriver. Au deuxième passage, en deuxième rapide déjà, nous avions l’impression d’être sur de la mousse.

 

En été ce magnifique Diesel animait l’imposante presse B 47. Le débit était impressionnant et les forçats du chargement s’en donnaient à cœur joie d’aligner et de serrer les balles, nœuds dessus, tranchant à l’extérieur, pour effectuer d’énormes chargements. Marko, ses frères, Christian étaient devenus des experts peu concurrencés dans les alentours.

 

A l’automne venait l’époque du ramassage du maïs, et c’était autour de l’infatigable corn- picker Rivière Casalis d’être entraîné par le 624.

 

Repris en 1981 par Louis Dijeaux pour être remplacé par le 844, ce noble engin a fini sa carrière à Prat Bonrepos. Le couple conique, très fatigué, avait du être changé avant la revente, non par faiblesse de constitution, mais plutôt par manque de douceur dans la commande de l’embrayage.

 

Ah, brave 624, tu te faisais entendre de loin lorsque, lancé en 8ème sur la route de Gajan, le bruit de ton pont, bien dans la tradition de la IH, faisait se dresser Marko qui se disait : « Mais où va le 624 » ?

 

Tu l’avais à jamais fasciné …

 

 

 

 

 

 

  624 Diesel, tout un monde...

Par William Deering
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Mercredi 5 mars 2008

                                                                       Cervoline Fleurine ce dimanche 24 fevrier 2008           

  Le-F-137-D-Septembre-2007.JPG

               

         

 

                                            

 

 Vendredi 26 mai 2006  Mai 2006, le téléphone tintinnabule,

 

- « Bonjour, Mr Deering j’ai appris que vous vous intéressiez aux tracteurs. Nous avons un Mac Cormick qui était à mon père et que nous voulons vendre, il pourrait vous intéresser ?

- De quel modèle s’agit-il, est-ce un Farmall ?

- Je ne sais pas

- OK alors il ne vaut pas très cher.

- Venez le voir quand même, il est en très bon état. Nous n’en demandons pas trop cher.

- Bon je viendrai le dimanche 11 juin car la semaine prochaine je suis en déplacement professionnel.

- C’est d’accord. Appelez-moi avant de venir. Nous habitons à Castelnau mais le tracteur est à Ardichen.

- A bientôt ».

 

Pour le dimanche 11 le rendez vous est donc pris et d’un tour de roue allègre Goélette propulse un émissaire de la Tracpaco dans ce très joli petit hameau de Soulan où la vue sur les Pyrénées est imprenable.

 

- « Bonjour Michel, comment ça va ? Alors où est cet oiseau rare ?

- Salut Mac Cormick, viens voir dans la grange ! »

 

En effet, sitôt la porte de la remise ouverte, le petit rouge apparaît. C’est un F 137, un peu boueux, mais excellent en carrosserie, à la peinture très fraîche, aux décalcomanies complètes (le F 137 D, cf. notice).

 

- « Il n’est pas rare, s’écrie le visiteur, il ne vaut pas cher, la  IH  en a produit beaucoup de ces modèles et de plus il est très répandu dans notre région. Il a succédé au 135, c’est un excellent outil mais pas recherché.

- Oui mais il est en parfait état, j’ai la carte grise. Je vais te l’allumer et le sortir ».

 

Effectivement le moteur démarre très bien, mais premier symptôme : il fume beaucoup.

 

- « Les freins ?

- Oui, j’ai soudé une cale, c’est plus facile pour appuyer sur les pédales. Tu vois, il n’avait pas démarré depuis juillet. J’ai aussi les charrues et la faucheuse qui sont à Castelnau. Les charrues sont comme neuves. J’en demande 2000 euros ».

 

Marko faillit s’étouffer : « Mais je ne mets pas ce prix-là dans ce tracteur ! »

- Combien tu m’en donnes ?

- Oh, moins de la moitié, il est trop courant pour en valoir plus !

- Non, je ne peux pas, tu verras, il partira. Viens voir les botteleuses et la faucheuse ».

 

Encore du beau matériel dans le garage jouxtant celui du 137 : une belle petite Kuhn à 3 assiettes, une botteleuse New Holland et une Garnier  à moteur auxiliaire Bernard.

 

- « Parfait, je rentre, et merci de ton appel.

- Merci de ta visite, si tu connais quelqu’un fais-le-moi savoir ».

 

Le temps passe puis arrive le défilé du 4 août 2007. Alors que Marko se rend place de la mairie pour participer à la démonstration des moteurs à poste fixe avec deux de ses associés, voilà qu’il est interpellé par Michel, installé à une table sous les platanes avec sa famille, en train de siroter un rafraichissement.

 

- « Où tu vas ?

- Ici, devant la mairie, pour allumer les moteurs.

- J’ai toujours mon 137, mais j’ai revu les prix. Quand viens-tu le voir ?

- Si tu es devenu plus raisonnable, dimanche prochain à 10 heures, je suis dans ton royaume.

- Tu ne viendras pas ?

- Que si, que je viendrai, peuchère. Même si je ne te l’achète pas, le petit Farmall, il me faut le revoir.

- Alors d’accord, n’oublie pas de me téléphoner » !

 

 

 

En route pour Ardichen

 

Ce dimanche 12 août, direction Ardichen pour revoir le 137. Il n’a pas changé, ni bougé de place. Démarrage, fumée toujours, pas de trace de fuite d’huile, sortie du garage, essai des prises de force (le relevage ne monte pas, anomalie !), des codes, phares.

 

- « J’en veux mille euros, s’écrie le propriétaire, il les vaut bien, non » ?

 

La discussion dure un moment, Marko n’arrête pas de tourner autour du Mac Cormick.

 

- « Si tu le prends, laisse-moi quelques jours pour dégager les charrues et la faucheuse qui sont au fond du hangar à Castelnau.

 

Enfin, emporté par la passion, Marko finit par plier et se dit qu’un Farmall de plus dans la collection se justifie bien.

 

- « Bon, c’est d’accord ».

 

Et tels les maquignons, ils se tapent dans la main pour conclure l’affaire.

 

« Nous viendrons le chercher mercredi à 10 heures avec une remorque derrière une Jeep ».

 

 

Le convoyage du petit rouge

 

Mercredi les intervenants du convoi de la Deering étaient en place. André, le professeur, est de la partie. Mais quelle surprise ! Nous sommes en terrain de vieille connaissance puisqu’il a été collègue de travail de longues années et qu’il avait fait une intervention sur le tracteur. Avec Marcel aussi, vieille connaissance puisqu’il avait été un de ses locataires à Chanteraine. Que le monde est petit !

Maintenant que la remorque est en place, à toi, F 137, de grimper sur le podium roulant. Tu devras te faire admirer tout le long du trajet et faire connaître l’éblouissante histoire du Farmall dans le Couserans.

Vraiment l’attelage est beau, les hommes sont fiers, le petit IH parade. La carte grise est signée, échangée contre un chèque qui fait trébucher Marko tellement il se sent glisser dans une douce folie, mais il se dit en même temps qu’il contribue à redorer le blason des Mac Cormick et que bien des envieux le reluqueraient, ce joli petit Diesel !

Et Michel d’ajouter : « Allons, sois heureux, tu n’en verras pas beaucoup, des tracteurs de cet âge dans cet état ! »

Enfin, après avoir refait le monde, les convoyeurs montent à bord et le convoi entame la longue descente. Dans le courant du trajet, après s’être moult fois assuré que l’engin, arrimé avec grand soin, ne bronche pas, Marko annonce qu’il faut déjeuner à la gare et qu’ainsi le train routier garé sur la grand place fera une publicité hors pair.

Effectivement, dans le restaurant bondé, les regards se tournent fréquemment vers la place. Le succès est complet. Avant de repartir, les acolytes du gang saluent Yves, Emile, Jean-François.

Ainsi la Tracpaco dessine son sillage. Au moment de partir Marco dit à Marcel : « nous ne pouvons en rester là : direction le centre commercial de Saint-Lizier » et d’une allure très lente et majestueuse le convoi se fait admirer à l’ouverture des magasins. Puis direction Lorp- Sentaraille où Armand est rencontré, puis Rémy. – le remorqueur de l’exceptionnel – à qui un compte rendu est transmis, puis à Sentaraille arrêt dans l’imposante cour des Grands Bleus où Alain, Bernard et Robert sont béats à la vue du petit F quasi aussi brillant qu’à sa sortie d’usine.

Maintenant il faut songer à rentrer la précieuse mécanique à son premier port d’attache à Saint Girons, où après quelques semaines de séjour il montera à l’annexe de Saint-Dizier. Finalement, après une si belle journée, en songeant à l’univers fantastique du tracteur, Marko se disait qu’il valait mieux se perdre dans la passion plutôt que de la perdre.

  Convoyage-du-F137D.JPG

 

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Par William Deering
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Dimanche 24 février 2008

Sorti des chaines International Harvester à Doncaster (GB) dans les années 60, mon premier propriétaire est à ce jour inconnu, si ce n’est que je viens probablement de la Somme.

Mon second m’a recueilli au Carla Bayle et c’est là que mon troisième me trouva par annonces. J’ai donc atterri dans une grande écurie aux Baudis, chez le très célèbre Gérard Anel. Cet honorable agriculteur avait déjà été équipé de grands tracteurs IH, notamment le super FC-D, puis pour on ne sait quelle raison avait migré chez Avto. Ainsi, après avoir rendu j’espère, d’excellents services, je fus remisé sous un appentis il y a déjà de nombreuses années. J’ai bien cru ma dernière heure arrivée. En effet j’ai été progressivement englouti sous le toit de mon abri qui m’était tombé sur le coin de la figure et, qui aujourd’hui une tuile, qui le lendemain quelques lames de volige ou des chevrons dégringolés, je suis rentré progressivement en hibernation. Même la poutre principale était venue heurter violemment l’avant de mon capot et l’angle de ma cabine (adaptation Arev d’usine). La souffrance fut rude mais aucun organe vital n’avait été touché.

Oublié, fus-je ? Pas du tout, cela aurait été sans compter sur l’extraordinaire mémoire du gang des collectionneurs qui avaient eu vent de l’affaire. D’après la légende quelques approches avaient eu lieu auprès du propriétaire, mais étaient-elles bien réelles ?

Mon espoir remonta au zénith. Je savais que mon heure, la bonne celle-là arriverait et que peut être un jour la gloire serait là aussi. Pourquoi la gloire me direz vous, Oh certes pas pour moi, trop heureux de rejoindre une noble écurie, mais par rapport à la contrée et puis somme toute je symbolise, parmi d’autres modèles, la fabuleuse épopée du FARMALL-1924-1974 ou plus de 56 modèles furent commercialisés. Je suis un descendant du M, du BM, du super BM-D. J’ai quand même une tronche pas possible avec ma calandre qui semble sourire et avoir l’air d’avoir toujours quelque chose à dire. Aussi avec 4.297 l de cylindrée, 55 chevaux à la barre, un régime nominal de 1600 tours et un couple qui fit à l’époque l’éloge des catalogues, je n’avais peur de rien. Mon moteur, c’est le BD 264. Mon frère, le standard, n’avait pas la même bouille puisque sa calandre était carrée. Les ingénieurs de la firme avaient pour une fois construit pour le même type des façades différentes. Et l’essieu avant ? Barres de direction derrière, typique des modèles British. En fait la tringlerie était mieux protégée d’éventuels chocs, ce qui n’était pas le cas de mes oncles et cousins C, H, M, super FC, FC-C, FC-D, FCN. Quant à mon poste conduite il était très dégagé, digne d’un poids lourd, avec un petit tableau de bord mignon comme tout, une colonne de direction bien dans la lignée des Farmall, un trois points complet, une barre d’attelage capable de remorquer un train, vous comprendrez aisément qu’il eut été triste à pleurer de me laisser tomber.

Savez vous qu’un de mes frères à exercé plusieurs années dans les immenses terres de Belloc et que là, grande école de l’endurance, aucun forçat de la mécanique n’est arrivé à le faire tousser. Et ce n’était pas faute selon les usages de la maison d’avoir essayé….

Alors pour en venir à ma résurrection, voilà qu’un soir de Juillet 2003, débarque un jeune garçon nommé William ou Marko, on ne sut jamais trop bien. Mon boss était là et après quelques caresses affectueuses à mon égard, rien ne filtra de cette entrevue. Un certain courant était passé tout de même. Puis un dimanche après midi de juillet 2005, c’est l’époque faste des moissons qui favorise ce genre de situation, nouvelle visite dans la cour du mas. Bien qu’il n’y ait personne ce jour là, tous mes sens étaient en éveil. Le vendredi 2 septembre 2005 à 20h30, nouvelle alerte. Mon cœur, peu sollicité depuis longtemps, se met à frapper fort. Je sens qu’il se passe quelque chose d’important. Le dimanche 04/09 à 8h30, je n’en crois pas mes yeux, le miracle commence. Avant même que Gérard ne mette le nez dehors, William à déjà attaqué ! L’accord avait été bien scellé. Les tuiles commencent à être enlevées délicatement de ce qui reste du toit aux trois quart esclaffé sur mon minois. L’exercice est périlleux, l’apprenti en tenue légère tellement il fait chaud malgré le ciel gris, manque se flanquer par terre suite au séisme qui parcourt la charpente. Après les tuiles du dessus, la majeure partie du danger étant écartée, ce sont celles du dessous qui sont ôtées. Ciel qu’il y en avait, jusque à hauteur de mon châssis ! Puis ce sont les épaves de voliges, piquets et chevrons qui sont écartés. Restent maintenant les derniers morceaux de l’ossature à descendre avec précaution. Le jeune homme transpire, la tâche est rude. Gérard est venu prodiguer des encouragements et s’en allant à la foire de Sainte-Croix, confie le reste de la mission au gaffet. Quelques pointes rouillées et d’énormes orties récalcitrantes tenteront bien de violentes agressions mais je veillais au grain. Aux alentours, grand silence, c’en était étrange. Pourtant à coup sur, les observateurs devaient bien cligner discrètement car pour un évènement exceptionnel, c’en était un. L’opinion disait couramment, personne ne l’en sortira de là, cet engin. Vers 11h15, c’est quasi fini. Reste la poutre maîtresse tombée en oblique à un mètre de mon museau. Elle est énorme, c’en est trop pour le mécanicien. Pour ne pas en rester sur sa faim, William donne un coup de dégrippant sur les écrous des quatre jantes, desserre ceux de devant sans souci ! (son coffre était rempli d’outillage, sa petite chienne Tobbie était également de la partie) et monte mon essieu sur cale. Malheureusement le pneu avant gauche est balafré sur 30 cm (j’espère que cette expression ne me restera pas) et ce n’est certainement pas aujourd’hui que je pourrai rejoindre la division de la plaine. Du côté droit il reste un peu d’air dans les pneumatiques. La roue arrière gauche est très à plat…

A midi moins dix, après une matinée dense et d’une richesse exceptionnelle mon nouveau maître rentre à Lorp pour rendre compte à son associé Remi. A quinze heures voilà à nouveau de la visite et cette fois -ci je subis une première opération : démontage des roues avant, tentative infructueuse de gonflage de la roue arrière (l’obus est bloqué). Au préalable j’allais oublier, Remi tire prudemment la longue pièce de chêne qui me barre le passage, avec son 4x4. Le dégagement est rondement mené. La voie est libre !!! Ma prison est ouverte. Comme par magie je m’élève au dessus du sol de quelques centimètres. Les experts essayent de me tirer de l’ornière pour m’avancer sur le plat mais finalement c’est déjà beaucoup pour aujourd’hui. Il est décidé que les roues seront amenées à Saint-Girons Pneu pour être équipées provisoirement de caoutchouc automobile d’occasion, puis tout le barda embarqué, une dernière recommandation à Gérard de mettre la main sur la carte grise, une négociation positive concernant cet essieu avant de la batteuse ayant aboutie( seuils des regards exercés pouvaient d’couvrir des choses comme celles-là) les représentants des collectionneurs regagnent leurs pénates.

Un dimanche comme celui là, jamais au grand jamais je n’en avais connu d’aussi agréable et la nuit qui suivit fut bien la meilleure de ma vie.

 

 

 

 

 

Par William Deering
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Mardi 12 février 2008
Le-Vigneron.JPG

Le Super FC-C Vigneron dit Vineyard

 

 

Bonjour,

C’est en 1957 que je suis né dans les ateliers de la firme Mac-Cormick à Saint-Dizier (ne pas confondre avec Saint-Lizier ou Saint-Nizier ou Saint-Lizier du Planté).

Ils disent que je suis sorti à plus de 10000 exemplaires ce qui de ce fait ne me rend pas théoriquement exceptionnel, pourtant allez en chercher des vignerons Super FC-C dans mon état !

Déjà à mon époque je sortais avec le relevage hydraulique, la poulie et la prise de force étaient optionnelles, mon grand frère le Farmall Super FC-C était doté des bras de relevage placés juste derrière le moteur.

Précisons que je fonctionne à l’essence, au régime nominal de 1805 tours minute. La robustesse des Mac-Cormick et leur histoire légendaire ne sont plus à démontrer, et quelle diversité dans les modèles, quel génie des concepteurs quant aux différents outils adaptables !

Vous me trouvez bavard, si vous saviez à quel point mon propriétaire est intarissable sur le sujet dès qu’un quidam le branche…

 Ainsi on ne sait plus si ce qu’il raconte est de la légende ou de l’histoire vécue.

  Ce qui est sûr, c’est qu’il en à piloté beaucoup de mes fabuleux collatéraux et descendants, tant il était à la fois pilote d’essai, jardinier amateur, agriculteur averti, diéséliste enfiévré voire démonstrateur en machinisme.

Dans la foulée, il pourrait vous parler du Farmall H conduit à Vougy (42) chez son Grand Père, du Cub, du F 265 (tracteur qu’il trouvait maigre alors qu’il n’était qu’un adolescent admiratif), du F137 D, du FU 235 D, du FU 267,du 624 qu’il avait furtivement démarré en l’absence de ses parents un samedi soir à Peillou et qu’il n’arrivait plus à éteindre tellement cette mécanique lui était apparue si belle et novatrice et qu’il allait conduire tant et  tant d’heures au Pesqué, du 523 à Audinac, du 423, 633, 744, 844, des B450 et F 270 conduits dans les immenses terres de Belloc, du Super FCD, du D 439 à Peillou qui avait remplacé en 1966 le fabuleux Renault 7012, puis à Mieuxcé (61) avec le D 326, du 1056 Xl gros mastodonte qui lui avait permis de herser son jardin lilliputien en deux temps trois mouvements, du rare Super BMD à qui il avait fallu changer l’embrayage……

  Ah ! et l’ordre d’allumage de mon moulin : 1-3-4-2 ; les cousins David-Brown ont fait dans l’originalité, eux : 1-2-4-3 comme les Ford Escort à essence, allez savoir pourquoi ?

Lui demander quel est son modèle préféré, c’est à coup sûr la réponse : tous, ils font partie intégrante de la l’histoire de l’agriculture, pourquoi pas de l’histoire de France, sans oublier les autres marques. Oui dit-il souvent, “tous des amis”, nous n’allons tout de même pas revenir à l’époque de la lampe à huile et  de la pomme tavelée, les générations précédentes ont trop peiné lutté, souffert pour que nous cédions à la facilité : vive le machinisme intelligent.

 

 

                      Mac Cormickement vôtre.

Par William Deering
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